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Des journalistes tués parce qu’ils faisaient leur métier : documenter. Des journalistes, des vrais. Dérangeants, envahissants, fouineurs. Rien qu’en 2025, 129 d’entre eux ont été assassinés et, d’après le rapport annuel du Committee to Protect Journalists, il s’agit du chiffre le plus élevé jamais enregistré depuis le début du monitoring lancé par le CPJ il y a trente ans.
La liberté de la presse est donc jetée aux orties, si l’on pense qu’au moins 104 des 129 journalistes et acteurs des médias ont été tués dans des contextes de conflit l’an dernier. Le nombre de journalistes et professionnels des médias tués en Ukraine, Soudan et Israël a augmenté en 2025 par rapport à l’année précédente.
Plus des trois quarts des morts de professionnels de l’information recensées en 2025 se sont produites dans des contextes de conflit. La hausse mondiale des assassinats est alimentée par une culture persistante de l’impunité face aux crimes commis contre la presse. Sur les 47 cas d’homicides ciblés documentés en 2025, classés comme "meurtres" selon la méthodologie du CPJ, très peu d’enquêtes transparentes ont été ouvertes et aucun responsable n’a été identifié. Il s’agit du nombre le plus élevé de journalistes délibérément tués pour leur travail au cours de la dernière décennie.
Des assassinats qui constituent une violation du droit international humanitaire, lequel reconnaît les journalistes comme des civils et interdit de façon absolue qu’ils soient pris intentionnellement pour cibles.
Le manque d’engagement des gouvernements à protéger la presse et à poursuivre les responsables crée les conditions pour de nouvelles violences, y compris dans des pays non impliqués dans des conflits armés. En 2025, des journalistes ont été tués au Mexique, en Inde et aux Philippines, des pays qui, depuis des années, sont incapables de garantir justice pour ces crimes.
La hausse des assassinats s’inscrit dans une dégradation plus générale de la liberté de la presse et de la sécurité des professionnels de l’information à l’échelle mondiale. En 2025, un nombre quasi record de journalistes ont été emprisonnés, dans un climat marqué par des campagnes diffamatoires et par l’usage détourné des lois pour criminaliser le travail journalistique. Le nombre de harcèlements en ligne et d’agressions physiques a également augmenté, nourri par une rhétorique de plus en plus hostile envers les médias et les reporters, y compris dans des pays qui se définissent comme démocratiques.
"Les journalistes sont tués en nombre record précisément au moment où l’accès à des informations fiables est plus crucial que jamais", a déclaré la directrice générale du CPJ, Jodie Ginsberg. "Les attaques contre les médias sont souvent le premier signal d’une offensive plus large contre les libertés fondamentales. Il faut faire beaucoup plus pour prévenir ces meurtres et traduire les responsables en justice. Lorsqu’un journaliste est tué pour avoir rapporté des faits, nous sommes tous plus vulnérables."
Le nombre de conflits dans le monde a atteint son niveau le plus élevé depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Selon les chercheurs, il s’agit d’un changement structurel : la planète est aujourd’hui plus violente et plus fragmentée qu’il y a dix ans. Cela accroît les risques pour celles et ceux qui informent, tant en raison des dangers inhérents au reportage en zone de guerre que parce que les journalistes sont de plus en plus souvent pris délibérément pour cibles.
Au Soudan, neuf journalistes et professionnels des médias ont été tués en 2025, contre six en 2024 et un seul cas enregistré en 2023, alors que la guerre civile entrait dans sa troisième année. Des dizaines de milliers de personnes ont perdu la vie et des millions ont été contraintes de fuir, tandis que les Forces de soutien rapide (RSF) progressaient face aux Forces armées soudanaises (SAF). Parmi les victimes figure le directeur de l’agence de presse Sudan Taj, al-Sir Ahmed Suleiman, exécuté par les RSF avec son frère à El Fasher, au Darfour septentrional.
Les journalistes soudanais travaillent dans des conditions extrêmes. Depuis le début du conflit, le CPJ a documenté de nombreuses exactions, pour la plupart imputées aux RSF : au moins 16 professionnels de l’information tués, des journalistes violées, des rédactions transformées en centres de détention, des domiciles confisqués, des reporters enlevés et retenus contre rançon. Dans de nombreux cas, les auteurs eux-mêmes ont diffusé des images de ces violences, affichant un mépris total pour toute idée de reddition de comptes.
En Ukraine, quatre journalistes ont été tués par des drones militaires russes, le nombre le plus élevé depuis 2022, année où l’on avait compté quinze victimes. Parmi eux, les journalistes ukrainiennes Olena Hramova et Yevhen Karmazin, tuées alors qu’elles travaillaient pour la chaîne publique internationale Freedom à Kramatorsk, dans la région de Donetsk.
129 noms. 129 histoires. 129 voix qui ne pourront plus raconter ce qui se passe là où d’autres préfèrent le silence. Quand on tue un journaliste, on ne réduit pas au silence une seule personne : on éteint un morceau de vérité, on rétrécit l’espace de la démocratie, on affaiblit le droit de chacun d’entre nous à savoir.
(©GreenMe.it 2026 / Managing Editor : Lisa Martin- The Press Junction / Picture : ©Unsplash)
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