The Press Junction.
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12 mai 2026

Cent ans après sa mort, un nouveau bâtiment de Gaudí "réapparaît"

©Taisia Karaseva via Unsplash

Il est des lieux qui demeurent silencieux pendant des décennies, comme s’ils attendaient que quelqu’un les écoute, vraiment. Vient alors le moment où ce silence se brise et où l’histoire emprunte un nouveau chemin. C’est précisément ce qui arrive au Xalet del Catllaràs, un chalet niché dans les forêts de Catalogne qui, aujourd’hui, cent ans après la mort d’Antoni Gaudí, est officiellement reconnu comme l’une de ses œuvres.

La nouvelle tombe en 2026, année du centenaire et des célébrations de l’Any Gaudí (Année Gaudi). Elle a le goût de ces révélations capables de redessiner les cartes culturelles. Pendant plus d’un siècle, ce bâtiment a oscillé entre hypothèses et attributions incertaines, comme une ombre dans la biographie du plus visionnaire des architectes du modernisme catalan. Aujourd’hui, il entre pourtant de plein droit dans l’inventaire de son œuvre.

Et il le fait en toute discrétion, à l’image de son emplacement : loin des projecteurs de Barcelone, loin des foules de la Sagrada Família et du Park Güell, enfoui parmi les arbres et les paysages pré-pyrénéens.

Xalet del Catllaràs : un chalet entre nature, industrie et vision

Le Xalet del Catllaràs s’élève dans la Serra del Catllaràs, sur le territoire de La Pobla de Lillet, dans la province de Barcelone, à environ quatre-vingts kilomètres de la ville. C’est ici, entre forêts et montagnes, qu’au début du XXe siècle prend forme un bâtiment destiné à héberger les techniciens et ingénieurs engagés dans les activités minières de la zone.

Le projet naît entre 1901 et 1908 sous l’impulsion d’Eusebi Güell, entrepreneur éclairé et mécène de longue date de Gaudí, propriétaire des mines de charbon et de la cimenterie Asland. Il ne s’agissait donc pas d’un caprice esthétique, mais d’une structure fonctionnelle liée au monde du travail et de l’industrie.

Et pourtant, même dans un bâtiment voué au quotidien laborieux, affleurent les traces d’un esprit architectural en dialogue avec la nature : l’espace y est façonné par des lignes courbes, des arcs paraboliques et des solutions géométriques qui semblent croître comme des organismes vivants. C’est précisément cette cohérence de conception qui a fini par convaincre les spécialistes.

L’étude qui a résolu un mystère vieux d’un siècle

La confirmation officielle provient d’une recherche commandée par le Département de la Culture de la Généralité de Catalogne et menée par Galdric Santana, directeur de la Chaire Gaudí à l’Universitat Politècnica de Catalunya.

L’enquête a croisé documents historiques, relevés architecturaux, analyses des géométries structurelles et reconstitutions 3D, en comparant le chalet aux schémas de conception typiques de Gaudí. Le résultat est sans appel : le projet original est bien de lui, même si la phase de construction n’a pas été suivie par l’architecte personnellement.

Et c’est précisément ce détail qui a alimenté l’incertitude pendant des décennies. Le bâtiment a subi des modifications au cours de sa construction, probablement pour des raisons techniques ou économiques, et Gaudí n’en a jamais revendiqué officiellement la paternité. Ce fossé entre le dessin et la construction avait créé une zone d’ombre dans l’historiographie, aujourd’hui enfin éclaircie grâce aux technologies d’analyse contemporaines.

Un Gaudí moins monumental, plus intime

Cette découverte nous renvoie une image différente du grand maître du modernisme catalan. Elle révèle non seulement l’architecte des grandes œuvres emblématiques, mais aussi le concepteur capable d’intervenir dans des contextes ruraux, industriels, en apparence secondaires, tout en préservant intacte sa poétique.

Au Xalet del Catllaràs, on perçoit cette même tension entre technique et nature qui caractérise ses œuvres les plus célèbres, mais exprimée ici à une échelle plus modeste, presque domestique. L’architecture s’adapte au paysage montagnard, l’épouse et l’intègre. Une leçon toujours d’actualité aujourd’hui, à une époque où l’on parle de plus en plus d’harmonisation entre bâti et environnement naturel.

Cent ans après la mort d’Antoni Gaudí, son œuvre continue de nous surprendre et de s’étendre, comme si elle n’était jamais vraiment achevée. Cette attribution n’ajoute pas seulement un bâtiment à la liste de ses créations, elle enrichit notre compréhension de sa manière de concevoir l’espace et le rapport entre l’homme et le territoire.

Et c’est peut-être là l’aspect le plus fascinant de tous : même lorsque nous pensons connaître par cœur une grande figure de l’histoire, il reste toujours un détail caché, un chalet au cœur des bois, prêt à nous raconter une nouvelle histoire.

Source : Poblalillet

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