Le conflit entre les États-Unis et l’Iran a remis en lumière le rôle central des systèmes de défense aérienne dans la guerre moderne.
Les frappes iraniennes de missiles et de drones, ainsi que l’épuisement des stocks d’intercepteurs américains et israéliens, sont suivis de très près à Taïwan, où le gouvernement prévoit d’achever son réseau de défense aérienne multicouche "T‑Dome", l’année prochaine.
La Chine considère Taïwan comme faisant partie de son territoire et a fortement intensifié son activité militaire autour de l’île, notamment par plusieurs exercices à grande échelle ces dernières années. Ces opérations ont pour objectif de faire pression sur le gouvernement du président Lai Ching-te, ouvertement sceptique à l’égard de Pékin. De son côté, le président chinois Xi Jinping a assuré que la réunification était inéluctable et n’a pas exclu le recours à la force pour y parvenir.
Taïpei a répondu à ces menaces par une augmentation progressive de ses dépenses militaires, incluant des achats auprès de son principal fournisseur d’armes, Washington, bien que M. Lai soit toujours confronté à une forte résistance du Parlement, contrôlé par l’opposition.
Le vaste arsenal de missiles de la Chine est particulièrement préoccupant : des responsables redoutent qu’une attaque par saturation ne submerge les défenses taïwanaises et ne dévaste, dès les premières phases d’un conflit, les infrastructures critiques et les systèmes de commandement et de contrôle.
Taïwan vise à achever, d’ici l’année prochaine, son premier système régional de défense aérienne entièrement intégré et de conception nationale, selon un rapport présenté à la mi-mars aux parlementaires par le National Chung‑Shan Institute of Science and Technology (NCSIST), le principal développeur d’armements de l’île.
Des responsables de la Défense ont appelé les élus à accroître le financement des systèmes nationaux, notamment le missile sol‑air Tien Kung (Sky Bow) IV, dans le cadre d’un budget spécial de défense de 1250 milliards de dollars taïwanais (environ 39 milliards de dollars américains), ont rapporté des médias locaux.
Les missiles Tien Kung, qui opèrent aux côtés des intercepteurs américains Patriot, du système NASAMS ainsi que de radars d’alerte précoce à longue portée et autres moyens de surveillance déjà en place, feront partie d’un réseau multicouches. L’armée prévoit également d’acquérir des systèmes de lutte contre les roquettes et de défense aérienne à bas coût, afin de les intégrer dans une gestion du champ de bataille assistée par l’IA, a indiqué le lieutenant‑général Lien Chih‑wei, haut responsable des opérations et de la planification au ministère de la Défense, devant les parlementaires.
Selon les analystes de défense, la guerre impliquant l’Iran met en évidence la nécessité de défenses multicouches capables de faire face à la fois aux menaces de missiles sophistiqués et aux déploiement de grands volumes de drones bon marché.
Parallèlement, le débat se poursuit à l’assemblée législative concernant le budget spécial de la défense de près de 40 milliards de dollars proposé par M. Lai. Des parlementaires de l’opposition ont soulevé des questions sur la soutenabilité budgétaire et sur la faisabilité des calendriers d’acquisition et de construction pour plusieurs grands programmes et projets, dont le T‑Dome.
Bryce Barros, analyste en sécurité et chercheur associé au sein de GLOBSEC, a déclaré à Newsweek : “Comme nous l’avons vu avec l'utilisation des drones Shahed par l’Iran, ces systèmes sont dévastateurs parce qu’ils sont peu coûteux à produire en masse, difficiles à détecter au radar, parfois difficiles à repérer à l’œil nu et d’une grande précision.
“Pour protéger Taïwan de l’ensemble des menaces auxquelles les systèmes de défense aérienne sont confrontés, le concept T‑Dome doit intégrer des mesures anti-drones robustes, capables de neutraliser les plateformes volant à basse altitude et à faible vitesse.”
La Chine devrait continuer d’exercer un pression sur l’administration Lai par le biais d'activités militaires, par l’isolement diplomatique et des mesures économiques. Des responsables américains de la défense et du renseignement ont d'ailleurs indiqué que Xi Jinping avait ordonné à l’Armée populaire de libération d’être en mesure de prendre Taïwan d’ici 2027, tout en soulignant que cela ne signifiait pas que la décision de lancer une attaque cette année-là avait été prise.
Le président Donald Trump a affirmé que son homologue chinois lui avait promis de ne pas agir contre Taïwan pendant son mandat, même si Pékin ne l’a pas confirmé publiquement.
(©Newsweek 2026/Managing editor : Sarah Lavigne - The Press Junction/Picture : Winston Chen via Unsplash)
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