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Cuba sombre dans le noir. Non seulement à cause des coupures d’électricité de plus en plus fréquentes, mais aussi de l’incertitude qui traverse un pays habitué à résister, aujourd’hui pourtant plus fragile que jamais.
Le tour de vis sur les livraisons de pétrole, voulu par les États-Unis et renforcé par les pressions diplomatiques exercées sur les principaux partenaires de l’île, a transformé une crise économique chronique en une urgence humanitaire avérée. Ce n’est pas un système politique abstrait qui en paie le prix, mais une population épuisée par les pénuries de nourriture, de médicaments, de transports, d’électricité.
Cuba produit environ 40 000 barils de pétrole par jour, soit moins de la moitié de ses besoins. Pour survivre, l’île a toujours compté sur les importations, d’abord soviétiques, puis vénézuéliennes et mexicaines. Aujourd’hui, ces routes sont quasiment à l’arrêt. Caracas a suspendu ses expéditions, Mexico, craignant des représailles commerciales, a fait de même. Résultat : un système productif paralysé, avec un PIB en chute de plus de 15 % depuis 2020 et un secteur touristique en net recul.
L’énergie qui manque, ce n’est pas seulement du carburant : c’est de la mobilité, c’est la chaîne d’approvisionnement alimentaire, c’est le fonctionnement des écoles, c’est la conservation des médicaments. Sans électricité stable, les hôpitaux peinent à fonctionner, les ambulances ont du mal à circuler, les réfrigérateurs restent éteints. Le quotidien se transforme en exercice d’adaptation permanente, où chaque geste – se déplacer, se soigner, étudier – devient un défi.
Le système de santé, longtemps présenté comme la fierté de la révolution, est aujourd’hui l’un des secteurs les plus touchés. Selon le ministre de la Santé José Ángel Portal Miranda, les sanctions ne se contentent plus de "paralyser l’économie", elles menacent désormais "la sécurité humaine de base", car "on ne peut pas frapper l’économie d’un État sans atteindre ses habitants". Cinq millions de personnes souffrant de maladies chroniques risquent des interruptions de traitement, parmi lesquelles des milliers de patients atteints de cancer en attente de radiothérapie ou de chimiothérapie.
Les images qui parviennent de La Havane montrent des services à moitié vides, des appareils à l’arrêt, des médecins contraints d’établir des priorités. Une médecine d’urgence qui tente de tenir avec des moyens réduits, tandis que la mortalité infantile repart à la hausse et que l’accès aux médicaments essentiels devient de plus en plus incertain. Dans le même temps, les rues se remplissent d’ordures, aggravant une situation déjà critique :
La crise cubaine s’inscrit dans un contexte international marqué par de nouvelles tensions. Washington parle ouvertement de changement de régime et utilise l’arme économique comme instrument de pression politique. Après son intervention au Venezuela et l’arrêt des livraisons de brut, la Maison-Blanche a imposé des droits de douane punitifs à quiconque vend du pétrole à Cuba, rendant de facto toxique tout échange énergétique avec l’île.
La Havane se dit prête au dialogue, mais uniquement "sans pressions et sur un pied d’égalité". Une ouverture qui, pour l’instant, n’a débouché sur aucun résultat concret. Entre-temps, la solidarité internationale reste timide : quelques aides humanitaires, des promesses de soutien, mais aucune solution structurelle. Il en résulte un isolement qui pousse toujours plus de Cubains à quitter le pays : depuis 2020, la population a diminué de plus de 15 %, un exode silencieux qui vide villes et campagnes.
Dans les foyers cubains, on vit avec la lumière qui s’allume et s’éteint, le bourdonnement des générateurs et les files d’attente devant les magasins. Le rationnement, déjà bien connu dans les années 1990, est redevenu la norme. Mais à la différence de cette époque, il manque aujourd’hui le filet de protection sociale qui garantissait un minimum de stabilité. Désormais, 89 % de la population vit dans des conditions d’extrême pauvreté.
Et pourtant, malgré tout, la société cubaine tient encore. Entre solidarité de voisinage, débrouillardise et résilience, l’île tente de rester debout. Mais la marge de manœuvre se réduit un peu plus chaque jour. Cuba est épuisée, mais pas résignée. Le risque, toutefois, est que la pression géopolitique finisse par écraser précisément ceux qui n’ont pas voix au chapitre dans les grandes manœuvres internationales : les citoyens, pris au piège d’une crise qu’ils n’ont pas choisie.
(©GreenMe.it 2026 / Managing Editor : Lisa Martin- The Press Junction / Picture : ©Unsplash)
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