The Press Junction.
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12 mai 2026

Donald Trump frappe l’Iran : les 5 scénarios de l’"après"

©sina drakhshani via Unsplash

La décision du président Donald Trump de lancer des frappes coordonnées contre l’Iran — aux côtés d’Israël — va marquer le Moyen-Orient pour des années.

Les frappes ont touché des sites gouvernementaux et militaires clés à Téhéran. L’Iran a riposté immédiatement avec des frappes de représailles contre Isra.ël et d’autres alliés des États-Unis dans la région. 

Donald Trump a annoncé que les États-Unis avaient entamé des "opérations de combat majeures" et a appelé à un changement de régime, déclarant aux Iraniens : “Quand nous en aurons terminé, reprenez le contrôle de votre gouvernement.”

Désormais, la question n’est plus de savoir "si" mais "comment" la crise va s’aggraver. Le peuple iranien va-t-il se soulever et renverser le régime de Khamenei, et, si oui, à quoi cela ressemblerait-il ? Ou la République islamique, qui tient le pays d’une main de fer depuis 1979, pourra-t-elle une fois de plus se maintenir au pouvoir ?

Voici cinq scénarios qui pourraient façonner la suite des événements : 

1. La riposte iranienne

L’Iran a déjà riposté en lançant des missiles contre Isra.ël. Téhéran a également dirigé des frappes contre les Émirats arabes unis, le Koweït, le Qatar, Bahreïn et l’Arabie saoudite.

L’Iran conserve un arsenal substantiel de missiles balistiques, de missiles de croisière et de drones, ainsi que des forces interposées régionales capables de cibler les troupes américaines en Irak et en Syrie et de frapper les villes israéliennes.

Des attaques contre des bases américaines, les actifs navals dans le Golfe ou les centres urbains israéliens élargiraient considérablement le conflit et mettraient à l’épreuve la détermination de Washington à soutenir une guerre totale de longue durée. L’Iran pourrait aussi perturber les voies de navigation dans le Golfe, y compris le détroit d’Ormuz, une initiative qui aurait de graves conséquences sur les prix du pétrole et les marchés mondiaux. Environ un cinquième du pétrole mondial transite par le détroit d’Ormuz.

2. Escalade régionale

L’Iran n’agit pas seul. Le Hezbollah au Liban, les milices en Irak, les Houthis au Yémen et d’autres groupes alliés constituent un réseau capable d’ouvrir plusieurs fronts. Si ces acteurs rejoignent le combat, Isra.ël pourrait faire face à des attaques simultanées au nord et au sud, tandis que les États du Golfe accueillant des forces américaines deviendraient des cibles provenant de plusieurs directions. Un conflit sur plusieurs théâtres d’opérations compliquerait considérablement la stratégie américaine, risquant d’entraîner d’autres puissances régionales et de faire monter les enjeux bien au-delà des frappes initiales.

L’embrasement de la rue

Donald Trump a ouvertement appelé au changement de régime, en s’adressant directement au peuple iranien pour qu’il reprenne le contrôle du gouvernement du pays “quand nous aurons fini”.

Depuis le début de l’année, les manifestations ont donné lieu à une violente répression de la part des autorités. Lors de son discours sur l’état de l’Union, le président américain a affirmé que 32 000 Iraniens avaient été tués. D’autres organisations estiment que le bilan est inférieur, mais l’ampleur des protestations et la brutalité de la répression du régime ne font aucun doute.

Les frappes américaines pourraient encourager les Iraniens, en particulier les jeunes, à descendre dans la rue. Si les forces de sécurité sont débordées ou distraites par le conflit, les manifestations pourraient rapidement prendre de l’ampleur. Cependant, le régime a une longue expérience de la répression rapide, brutale et efficace, ce qui signifie que tout nouveau mouvement de contestation se heurterait probablement à une riposte immédiate et musclée.

Par ailleurs, l’intervention militaire américaine risque de déclencher un réflexe nationaliste. Et pas seulement chez les islamistes radicaux. De nombreux Iraniens opposés au gouvernement peuvent, malgré tout, rejeter toute ingérence extérieure.

4. Le retour du prince héritier

L’un des scénarios implique des figures de l’opposition en exil, dont Reza Pahlavi, le fils du dernier shah d’Iran. Des réseaux monarchistes restent actifs au sein de la diaspora et chez certains Iraniens à l’intérieur du pays. Si l’autorité du régime venait à se fissurer, des leaders de l’opposition à l’étranger pourraient tenter de se positionner comme figures de transition. Les gouvernements occidentaux et du Moyen-Orient seraient alors soumis à des pressions pour décider s’ils les reconnaissent et les soutiennent. (...)

5. Le régime s’accroche 

L’issue la plus probable est sans doute que le régime s’accroche au pouvoir qu’il défend si farouchement depuis 1979. La République islamique a résisté à la guerre, aux sanctions et aux contestations pendant des décennies. Son appareil de sécurité — en particulier les Gardiens de la révolution — reste puissant et profondément ancré dans l’État.

La structure dirigeante est conçue pour survivre. Si le guide suprême est tué, la République islamique est structurée pour assurer la continuité. Le pouvoir est réparti entre des instances cléricales, le CGRI et les institutions de sécurité qui se sont préparés à la succession et aux situations de crise. Les chaînes de commandement ont été multipliées, des adjoints prédésignés et l’autorité concentrée dans des cercles restreints pour garantir le fonctionnement du système même en cas de bombardements ou de tentatives d’assassinat. Une frappe isolée a peu de chances de faire s’effondrer l’État.

Les frappes pourraient tout aussi bien renforcer les "courants les plus durs", et le régime pourrait durcir ses contrôles et se montrer plus féroce encore dans sa répression des manifestations.

Si c’est l’issue la plus probable, c’est aussi la plus dangereuse : les frappes vont affaiblir les capacités de l’Iran, mais pourraient laisser derrière elles un régime endurci et plus extrémiste encore.

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