The Press Junction.
The Press Junction.
12 mai 2026

Fin de la guerre : l’Iran pose 6 conditions, le détroit d'Ormuz au coeur du chantage

©Akbar Nemati via Unsplash

Réouverture du détroit d'Ormuz sous 48 heures ou frappes sur les centrales électriques iraniennes : avec cet ultimatum, le président américain Donald Trump "répond" aux six conditions posées par l’Iran pour mettre fin à la guerre. Une nouvelle preuve que les sources d’énergie fossiles restent le "problème" – et il nous concerne malheureusement tous.

Au lendemain de l’attaque américano-israélienne, l’Iran a fermé le détroit d’Ormuz, ce couloir maritime entre le golfe Persique et l’océan Indien : 33 kilomètres de mer capables d’exposer la stabilité des marchés mondiaux à une nouvelle tempête énergétique.

Chaque jour, environ un quart du pétrole mondial et un cinquième du gaz naturel liquéfié transitent par ce détroit : des millions de barils et d’énormes quantités de gaz qui alimentent industries, centrales électriques, transports et chauffage domestique. C’est une route incontournable pour les exportations des principaux producteurs du Golfe – Arabie saoudite, Irak, Émirats, Qatar – ainsi que pour l’Iran lui‑même.

Le blocage implique une réduction drastique de l’offre mondiale d’énergie. Et lorsque l’offre diminue, les prix s'envolent : pétrole et gaz ont boni dès les premières heures suivant l’annonce, avec des répercussions immédiates sur les dépenses quotidiennes de chacun d’entre nous.

Depuis le 28 février, jour de la première attaque, le trafic a en effet chuté de 81 % par rapport au début d’année : il est passé de 10,3 millions de tonnes brutes quotidiennes à environ un million. Le 2 mars, les Gardiens de la révolution ont officiellement confirmé la fermeture, menaçant de frapper tout navire en transit.

Le 6 mars, Téhéran avait annoncé une réouverture partielle, mais assortie de conditions qui la rendaient inefficace : les navires liés aux États-Unis et à Israël restent exclus à ce jour, et les marchés n’ont pas réagi. Au vu de la situation, les compagnies d’assurance maintiennent en effet le gel des couvertures "war risk" et, sans assurance, aucun armateur ne s’aventure dans ce couloir. Le trafic réel stagne donc à 1 % de la normale.

Les six conditions posées par l’Iran pour mettre fin à la guerre

À l’heure où le monde observe les missiles iraniens lancés à des portées bien plus longues qu’on ne l’imaginait, le régime des ayatollahs a fixé six conditions pour mettre un terme au conflit. Comme le rapporte Tasnim, agence de presse iranienne semi‑officielle (proche des Gardiens de la révolution), un responsable de la sécurité les a transmises au média Al Mayadeen :

• garantie de non‑répétition de la guerre

• fermeture des bases militaires américaines dans la région

• reconnaissance de l’agression et versement d’une indemnisation à l’Iran

• fin de la guerre sur l’ensemble des fronts régionaux

• mise en place d’un nouveau régime juridique pour le détroit d’Ormuz

• poursuites et extradition des responsables de médias anti‑iraniens

Le même responsable a toutefois précisé que le plan serait mis en œuvre par étapes et qu’aucun cessez‑le‑feu imminent n’était envisagé compte tenu de l’évolution de la situation sur le terrain.

Et si toutes ces conditions ressemblent davantage à une capitulation qu’à un accord, c’est bien autour du détroit que se joue encore la partie. Le président américain Donald Trump a en effet posé un ultimatum qui vise précisément ces fameux – et cruciaux – 33 kilomètres de mer.

L’ultimatum des États-Unis

"Si l’Iran ne rouvre pas complètement, sans menaces, le détroit d’Ormuz dans les 48 heures à partir de maintenant, les États‑Unis d’Amérique frapperont et détruiront ses différentes centrales électriques, en commençant par la plus grande ! Merci de votre attention" écrit Donald Trump sur Truth Social, laissant bien peu d’espoir à un accord.

Les guerres passent toujours par les énergies fossiles

Comme en Ukraine, il s’agit là aussi d’une guerre de, et pour les énergies fossiles. Au lendemain de l’attaque russe contre l’Ukraine (24 février 2022), nous avons réalisé (sans doute un peu trop tard) que notre vie quotidienne dépendait entièrement du gaz et du pétrole.

Svitlana Krakovska, climatologue ukrainienne de premier plan, avait qualifié le conflit de "guerre des combustibles fossiles". Cette experte, co‑autrice du rapport 2022 du GIEC, avait mis en lumière la catastrophe humaine, économique et géopolitique liée aux combustibles fossiles. Selon ce document, environ la moitié de la population mondiale est désormais extrêmement vulnérable aux désastres induits par ces sources d’énergie, la puissance militaire russe étant soutenue par la richesse tirée des vastes réserves nationales de pétrole et de gaz.

"J’ai commencé à réfléchir aux parallèles entre le changement climatique et cette guerre", confiait l'experte au Guardian, "et il est clair que la racine de ces deux menaces pour l’humanité se trouve dans les combustibles fossiles. La combustion du pétrole, du gaz et du charbon provoque un réchauffement et des impacts auxquels nous devons nous adapter. Et la Russie vend ces ressources et utilise cet argent pour acheter des armes. D’autres pays en dépendent, ils ne s’en libèrent pas. C’est une guerre des combustibles fossiles. Il est évident que nous ne pouvons pas continuer à vivre ainsi, cela détruira notre civilisation."

Nous sommes désormais en 2026 et rien n’a changé.

Sources : Tasnim / Donald Trump / Truth

Partager: