The Press Junction.
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12 mai 2026

La tactique américaine inédite en Iran

©PA

Les États-Unis emploient désormais des drones bon marché au combat, adoptant un nouveau style de guerre affiné au‑dessus des champs de bataille de l’est de l’Ukraine, tout en continuant de tirer leurs missiles de pointe.

Parmi les armes américaines engagées pour la première fois en situation réelle figure le Low-Cost Uncrewed Combat Attack System (LUCAS), un drone d’attaque unidirectionnel affiché à 35 000 $ (env. 30 000 euros) l’unité.

Son coût ne représente qu’une fraction de celui des missiles de précision sophistiqués que les États-Unis ont souvent employés, comme les missiles de croisière Tomahawk. Le chef des forces américaines au Moyen-Orient, l’amiral Brad Cooper, a déjà salué ce drone comme "indispensable" depuis son apparition au début de la campagne de bombardements américano-israéliens contre l’Iran, entrée aujourd’hui dans sa cinquième semaine.

Les armées occidentales ont suivi de très près la guerre de drones à grande vitesse qui domine le conflit en Ukraine depuis l’invasion lancée par la Russie en février 2022.

Le monde a vite constaté que des missiles de défense aérienne coûteux, à plusieurs millions de dollars pièce, ne peuvent pas être utilisés indéfiniment pour abattre des salves de drones qui, eux, ne valent que quelques dizaines de milliers de dollars.

Des drones plus rudimentaires peuvent aussi se révéler efficaces contre des cibles vitales, comme les réseaux électriques ou les bâtiments gouvernementaux, tandis que les missiles haut de gamme, souvent plus rares, peuvent être réservés aux attaques contre des sites militaires fortement défendus.

Mais jusqu’à présent, les forces américaines n’avaient pas pour habitude d’employer en nombre des drones explosifs jetables pour saturer les défenses aériennes adverses—ni une grande expérience de l’interception de barrages de drones tirés depuis l’Iran, semaine après semaine.

"C’est la première fois que les États-Unis utilisent un grand nombre de drones à bas coût", affirme Robert Tollast, chercheur spécialisé dans la guerre terrestre au sein d'un think tank de défense basé au Royaume-Uni.

Les dernières semaines "reflètent un changement de tactique", tant pour les opérations visant l’Iran que pour la manière dont les États-Unis défendent leurs bases et leurs alliés du Golfe, explique Mark Cancian, colonel de réserve à la retraite du Corps des Marines américain.

Mais des pays comme les États-Unis n’ont pas besoin de basculer entièrement de la qualité vers la quantité. L’Ukraine, contrainte par les restrictions entourant les stocks très limités de missiles occidentaux longue portée et haute technologie qui lui ont été fournis, et dépourvue d’une aviation de combat redoutable, a dû mettre au point des moyens peu coûteux pour frapper en continu des cibles russes. Téhéran et Moscou, de leur côté, se heurtent à leurs propres difficultés pour déployer des équipements de pointe véritablement performants.

"Contrairement, par exemple, à la Russie ou à l’Iran, les États-Unis ne sont pas obligés de recourir à des missiles relativement chers, sophistiqués et difficiles à produire", souligne Frederik Mertens, analyste stratégique au sein du think tank néerlandais TNO. "Mais ils n’ont pas non plus besoin de dépendre entièrement de drones situés tout en bas de l’échelle des prix", ajoute‑t‑il.

Les forces américaines ont la chance de disposer de stocks importants de bombes puissantes sans être exorbitantes, notamment des bombes lisses qui peuvent être facilement équipées de kits de guidage pour frapper une cible de manière fiable depuis un aéronef.

Les armes les plus avancées conserveront aussi toujours leur place, et les États-Unis sont l’un des grands leaders mondiaux dans leur production en série.

"La clé, c’est de trouver le meilleur équilibre entre les différents systèmes, compte tenu de vos propres capacités et de celles de l’adversaire", résume Mertens.

Près de 1 000 drones russes ont foncé sur l’Ukraine en l’espace de seulement 24 heures fin mars, tuant au moins sept personnes. Il s’agissait de l’attaque de drones la plus massive sur une seule journée depuis le début de la guerre, des appareils sans pilote venant s’écraser en plein jour sur des immeubles ukrainiens.

"Les Russes ont repris cette idée iranienne brillamment simple d’une plateforme ultra bon marché pour emporter une bombe, le Shahed‑136, et n’ont cessé de la surmuscler", explique Tollast.

Le Shahed‑136 est la version plus grande du Shahed‑131, et l’Iran a ensuite développé le Shahed‑238, dotée d’un turboréacteur capable de voler deux fois plus vite que les premiers modèles.

L’Iran et la Russie ont multiplié les améliorations par rapport aux premiers prototypes, notamment en les rendant plus difficiles à brouiller—lorsque les défenses électroniques coupent le drone des signaux qui commandent l’appareil, comme sa trajectoire—et en les recouvrant d’une peinture sombre pour les rendre plus difficiles à repérer.

"Désormais, les États-Unis sont allés plus loin, car ils ont facilement accès à des capacités spatiales très impressionnantes pour la navigation, ainsi qu’à des moyens de calcul embarqués", observe Tollast. "C’est bien plus difficile à mettre en œuvre pour Téhéran et Moscou."
 

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