The Press Junction.
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12 mai 2026

"I Swear", le film percutant qui fait voler en éclats le tabou sur le syndrome de la Tourette

©picture alliance / Geisler-Fotopress | Steve Vas

Lors de la 79e cérémonie des BAFTA Awards, dans le cadre prestigieux de la Royal Festival Hall, les pronostics ont volé en éclats les uns après les autres. Les victoires inattendues de Sean Penn pour "Une bataille après l’autre" et de Wunmi Mosaku pour "Les pécheurs" avaient déjà bousculé la dynamique de la soirée. Mais le véritable séisme est arrivé avec le prix du meilleur acteur.

Quand Kerry Washington a ouvert l’enveloppe, tout le monde s’attendait à entendre le nom de Timothée Chalamet, grand favori pour "Marty Supreme". À la place, et contre toute attente, c’est celui de Robert Aramayo qui a été annoncé. Un outsider face à des géants comme Leonardo DiCaprio, Michael B. Jordan, Ethan Hawke et Jesse Plemons, qui a littéralement fait chavirer la salle.

De "Game of Thrones" à un premier rôle incontesté

Pour beaucoup, ce nom était inattendu, mais Robert Aramayo est loin d’être un inconnu. Le public l’a découvert dans "Game of Thrones" et dans la série "Les Anneaux de pouvoir". Avec "I Swear", il franchit cependant un cap décisif : une interprétation intense, épurée, tout en nuances et en vulnérabilités.

Le film raconte la vie de John Davidson, militant écossais atteint du syndrome de Gilles de la Tourette, qui, dès l’adolescence, est confronté à l’isolement, l’incompréhension et au décrochage scolaire. Dans les années 1980, cette pathologie était très mal comprise : tics, coprolalie et mouvements brusques étaient souvent pris pour de la mauvaise éducation ou de la provocation. L’acteur récompensé restitue tout cela à l’écran sans la moindre emphase, avec un jeu fondé sur une tension contenue et une humanité palpable.

Une histoire vraie qui brise le silence

Dans "I Swear", le tournant survient avec la rencontre entre John et Dottie Achenbach, mère malade d’un ancien camarade de classe. De cette amitié naît un cheminement vers la conscience de soi qui amènera Davidson à devenir l’un des défenseurs et pédagogues les plus reconnus du Royaume-Uni sur le syndrome de Tourette, jusqu’à sa nomination officielle comme Membre de l’Ordre de l’Empire britannique.

Durant la cérémonie, John Davidson lui-même était présent. Il a dû quitter la salle après avoir prononcé involontairement des propos offensants liés à sa condition. Le maître de cérémonie, Alan Cumming, a présenté ses excuses au public, qui a réagi avec une grande bienveillance.

La soirée a consacré "Une bataille après l’autre" comme meilleur film, tandis que "Hamnet" a remporté les prix de la meilleure actrice et du meilleur film britannique. "Les pécheurs" et "Frankenstein" sont chacun repartis avec trois récompenses. Mais la récompense qui reste en mémoire est bien celle de Robert Aramayo : la victoire d’un acteur qui, loin des campagnes marketing à plusieurs millions, a su convaincre par la force d’une histoire nécessaire. Aux BAFTA 2026, c’est un talent discret qui a triomphé, capable de transformer une condition neurologique en un récit sur l’identité et la dignité.

La Tourette au coeur du récit

La véritable portée du succès de “I Swear” va bien au-delà de la simple surprise statistique. Pendant des années, le syndrome de Tourette est resté prisonnier de stéréotypes simplistes, réduit presque exclusivement à la coprolalie et transformé en source de gêne ou de plaisanteries déplacées. Le cinéma s’y est rarement intéressé avec un regard complet, débarrassé à la fois du misérabilisme et du sensationnalisme. Le film porté par Robert Aramayo change la donne : il n’utilise pas la maladie comme simple ressort narratif, mais la place au centre comme une expérience humaine complexe, faite de difficultés quotidiennes, d’isolement et, surtout, de dignité.

Porter cette histoire sur la scène des BAFTA Awards, face à l’industrie cinématographique internationale, contribue à briser un silence culturel qui dure depuis des décennies. La Tourette n’est plus un détail que l’on murmure, mais un sujet traité avec réalisme et respect. La présence de John Davidson lui-même à la cérémonie – avec son authenticité, y compris dans les moments les plus difficiles – a rappelé que derrière chaque diagnostic, il y a une personne, pas une étiquette. Si le cinéma a le pouvoir de façonner l’imaginaire collectif, alors cette victoire marque un tournant symbolique majeur : moins de stigmatisation, plus de compréhension. Et peut-être qu’à partir d’aujourd’hui, un adolescent sujet à des tics vocaux dans une classe agitée sera perçu d’un autre œil.

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