The Press Junction.
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12 mai 2026

Le Sénégal durcit sa loi contre les relations homosexuelles

©Unsplash

Une loi prévoit des sanctions de 10 ans de prison contre les relations entre personnes du même sexe

L'Assemblée nationale du Sénégal vient de décider, avec 135 voix favorables, aucune contre et trois abstentions, de peines allant de 5 à 10 ans de prison pour ce que la législation définit comme des "actes contre nature", expression utilisée dans le code pénal du pays pour désigner les rapports homosexuels. Le texte doit désormais être signé par le président Bassirou Diomaye Faye pour entrer officiellement en vigueur.

Une nouvelle mesure, grave, qui introduit également des sanctions pénales contre celles et ceux qui promeuvent ou soutiennent les relations entre personnes du même sexe. Toute personne reconnue coupable de faire de l’advocacy ou de financer des initiatives liées aux droits LGBTQ+ risque de 3 à 7 ans de prison, et des sanctions pécuniaires plus sévères sont aussi prévues, avec des amendes pouvant aller de 2 à 10 millions de francs CFA (environ 3 200 à 16 200 euros), nettement plus élevées qu’auparavant.

La peine maximale pourra être appliquée lorsque l’acte reproché implique des personnes mineures. Le texte inclut en outre une disposition qui punit ceux qui accusent quelqu’un d’entretenir des relations homosexuelles sans preuves, une mesure introduite pour contrer les dénonciations infondées.

Ces derniers mois, le Sénégal a connu une montée des tensions et des répressions à l’encontre de la communauté LGBTQ+.

Selon plusieurs médias, depuis février, des dizaines d’hommes ont été arrêtés en vertu des lois anti-homosexualité du pays. Dans certains cas, les enquêtes auraient été déclenchées à partir d’accusations anonymes ou du contrôle de téléphones portables.

Les noms des personnes interpellées sont souvent rendus publics et certaines ont aussi été accusées d’avoir volontairement transmis le VIH, ce qui a encore alimenté le débat et le stigmate.

Ces dernières années, la question des droits LGBTQ+ a suscité de vives polémiques dans ce pays d’Afrique de l’Ouest où la majorité de la population est musulmane (et où les rapports homosexuels sont passibles de prison depuis 1966). Des groupes religieux et des associations conservatrices ont organisé à plusieurs reprises des manifestations pour réclamer des peines plus sévères, soutenant que la défense des droits des personnes LGBTQ+ serait une tentative de l’Occident d’imposer des valeurs étrangères à la société sénégalaise. 

Le Premier ministre Ousmane Sonko, avant de prendre ses fonctions en 2024, avait lui aussi promis de faire de l’homosexualité un délit plus grave. La nouvelle loi maintient toutefois formellement la classification actuelle de délit mineur, un choix qui a conduit une partie de l’opposition à accuser le gouvernement de ne pas avoir tenu ses promesses.

Le Sénégal n’est pas le seul pays africain à criminaliser les relations entre personnes du même sexe. Selon les données disponibles, au moins 32 des 54 pays africains disposent de lois qui interdisent ou répriment l’homosexualité.

Dans certains États, les peines sont particulièrement lourdes : peine de mort dans des pays comme l’Ouganda, la Mauritanie et la Somalie, condamnations à la prison à vie dans d’autres, dont le Soudan, le Kenya, la Tanzanie et Sierra Leone.

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