The Press Junction.
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12 mai 2026

L’Europe muscle sa stratégie nucléaire

©Unsplash

Le Royaume-Uni et la France sont les deux seules puissances nucléaires en Europe, avec des arsenaux d’ogives atomiques relativement limités.

La France a annoncé qu’elle allait renforcer son arsenal nucléaire, tandis que huit membres européens de l’OTAN s’engagent à coopérer plus étroitement avec Paris sur la question atomique, un tournant majeur après des décennies de dépendance vis-à-vis de la puissante force de frappe américaine.

Le président français Emmanuel Macron a indiqué que Paris ne rendrait plus publique la taille de son arsenal, au moment où il annonçait la première hausse depuis des décennies du stock d’ogives nucléaires françaises.

Bien que la France et le Royaume-Uni disposent de leurs propres arsenaux nucléaires, relativement modestes, les pays européens membres de l’OTAN se reposent depuis longtemps sur les États-Unis pour assurer l’essentiel de la dissuasion nucléaire de l’Alliance, grâce au stock bien plus important de Washington.

Mais les vives critiques de la Maison Blanche à l’égard des alliés européens de l’Amérique et du Canada ont contraint le reste de l’OTAN à réexaminer la confiance qu’il peut accorder aux États-Unis et à leur fameux "parapluie nucléaire" pour défendre leurs intérêts.

Paris a indiqué que le Royaume-Uni, l’Allemagne, la Pologne, les Pays-Bas, la Belgique, la Grèce, la Suède et le Danemark avaient accepté de participer à une nouvelle stratégie nucléaire continentale, qui inclurait le déploiement temporaire, hors du territoire français, d’avions de chasse français capables d’emporter l’arme nucléaire.

L’idée d’une dissuasion nucléaire européenne gagnait du terrain depuis plusieurs semaines, le chancelier allemand Friedrich Merz ayant déclaré le mois dernier que Berlin avait évoqué différentes options avec M. Macron. Un communiqué de l’Élysée publié lundi a précisé que l’Allemagne participerait à des exercices nucléaires français dès la fin de l’année et qu’un  "groupe de pilotage nucléaire de haut niveau" avait été mis sur pied.

Le Premier ministre polonais Donald Tusk a semblé faire référence à ce nouvel accord lundi, en affirmant que Varsovie était en discussion avec la France et d’autres pays européens au sujet de l’arme nucléaire.

«Pour être libre, il faut inspirer la crainte", a lancé M. Macron lundi, lors d’une visite sur une base militaire de l’ouest de la France abritant les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins. "La modernisation de notre arsenal est indispensable."

La France est la seule puissance nucléaire de l’Union européenne et disposerait de un peu moins de 300 ogives. Le Royaume-Uni compte environ 225 armes nucléaires, avec un sous-marin nucléaire en patrouille permanente. En 2021, le gouvernement britannique s’est engagé à augmenter son stock d’ogives de près de 40 %, pour atteindre 260 têtes nucléaires.

Des responsables britanniques et français se sont retrouvés en décembre pour la première réunion du nouveau Groupe de pilotage nucléaire réunissant les deux pays, créé en juillet dernier après l’engagement de Londres et Paris à renforcer leur coopération en la matière. Des représentants britanniques ont, pour la première fois, observé des exercices nucléaires français, ont indiqué les deux capitales.

Le ministre danois de la Défense, Troels Lund Poulsen, a estimé que les frappes échangées au Moyen-Orient, la guerre qui se prolonge en Ukraine et les "nouvelles orientations" de la politique de sécurité américaine obligeaient le Danemark à envisager un rapprochement avec la France en matière de dissuasion nucléaire.

"Cela change complètement la donne", a-t-il déclaré lundi, tout en précisant qu’aucune arme nucléaire ne serait déployée au Danemark pour l’instant, même si la porte n’était pas fermée à cette possibilité à l’avenir.

De son côté, le Premier ministre belge Bart De Wever a indiqué que la Belgique saluait l’initiative de M. Macron et travaillerait avec la France à sa mise en œuvre.
 

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