Pourquoi la Chine a voté contre l’appel de l’ONU à rouvrir le détroit d’Ormuz?
La décision de la Chine de torpiller un projet de résolution de l’ONU visant à rouvrir le détroit d’Ormuz cette semaine peut sembler contraire à ses propres intérêts, compte tenu de son exposition à la crise pétrolière, mais elle s’inscrit dans la droite ligne des priorités stratégiques de Pékin, estiment des analystes.
La Chine et la Russie, toutes deux membres permanents du Conseil de sécurité, ont opposé leur veto à cette résolution parrainée par le Bahreïn, à la veille de l’annonce par les États-Unis et l’Iran d’un cessez-le-feu de 14 jours, qui aurait été négocié avec l’aide de Pékin.
Cet accord est déjà fragilisé, mais Téhéran y a accepté de rouvrir le détroit d’Ormuz, le passage énergétique le plus stratégique au monde. Cette voie navigable de 34 kilomètres de large est devenue le symbole du conflit qui dure depuis près de six semaines et du levier dont dispose l’Iran sur l’économie mondiale, en dépit des dégâts infligés à son armée par les États-Unis et Israël.
Tout en se disant favorables à la réouverture du détroit, les ambassadeurs chinois et russe ont soutenu que la résolution ne traitait pas ce qu’ils qualifient de cause profonde de la crise : les attaques américaines et israéliennes contre l’Iran, lancées le 28 février, qui ont déclenché la guerre et les perturbations qui ont suivi.
"Il est impossible et inacceptable de faire abstraction des causes profondes de la crise au Moyen-Orient, à savoir les actes illégaux et irresponsables des États-Unis et d’Israël visant l’Iran", a déclaré l’ambassadeur russe Vassili Nebenzia dans son intervention.
Mike Waltz, l’ambassadeur américain auprès de l’ONU, a fustigé les deux pays, affirmant qu’ils avaient toléré un régime qui "braque un pistolet sur la tempe de l’économie mondiale".
Le projet de résolution rejeté exigeait que l’Iran cesse toute attaque contre des navires marchands et appelait les gouvernements concernés à déployer des forces de manière coordonnée afin de sécuriser le trafic maritime. De prime abord, un tel texte semblait pourtant servir les intérêts de la Chine — premier importateur mondial d’énergie, qui tire environ 40 % de ses importations de pétrole et près de 30 % de son gaz naturel liquéfié du Moyen-Orient.
La Chine est mieux armée que certains de ses voisins pour encaisser un choc énergétique limité, grâce à l’ampleur de ses réserves stratégiques et à ses lourds investissements dans les énergies renouvelables. Mais alors que le détroit est perturbé depuis près de six semaines, l’inquiétude grandit à Pékin — et une guerre prolongée, qui durerait des mois, représenterait un risque bien plus important.
Dans son intervention devant le Conseil de sécurité, l’ambassadeur chinois Fu Cong a averti que, même après des révisions tenant compte des objections initiales de la Chine et de la Russie, le projet de résolution risquait encore d’alimenter le conflit plutôt que de le contenir.
"La résolution contient des condamnations et des pressions unilatérales, présente la situation comme une menace pour la paix et la sécurité internationales et prévoit le recours à des escortes armées", a déclaré Fu. "Un tel langage se prête très facilement à des interprétations erronées, voire à des abus. Au moment où les États-Unis menacent ouvertement la survie même de la civilisation, les hostilités actuelles imposées à l’Iran risquent fortement de s’intensifier davantage."
Une guerre qui s’éterniserait pourrait aussi retarder davantage la visite très attendue du président américain Donald Trump à Pékin pour des entretiens avec son homologue chinois Xi Jinping, désormais prévue pour la mi-mai. Cette visite est une priorité pour Pékin, qui y voit une occasion de stabiliser les relations avec Washington, de consolider les modestes concessions obtenues lors de leur dernière rencontre et de gagner du temps pour se préparer à d’éventuelles sanctions américaines futures.
(©Newsweek 2026 / Managing Editor : Gabriel Arnaud - The Press Junction / Picture : ©Unsplash)
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