Dans un monde qui fait bien trop souvent peser la responsabilité sur les épaules des victimes, on répète sans cesse aux femmes de suivre des cours d’autodéfense, de s’habiller de façon moins "provocante", d’avoir sur elles des bombes lacrymo ou même des couteaux. Une litanie d’injonctions sur la manière d’éviter une agression, pour ensuite se voir remettre en question au moment même où la violence se manifeste.
“As‑tu vraiment tout fait pour l’éviter ? Es‑tu sûre de ce que tu avances ?” Ce paradoxe, aussi amer que banal, révèle une cécité sociale plus que troublante : presque toutes les femmes ont déjà subi des violences ou du harcèlement, et pourtant presque personne ne prétend connaître un agresseur. Comment la violence peut‑elle être à ce point répandue, alors que les responsables, eux, restent dans l’ombre, jamais identifiés, jamais confrontés à leurs actes ? La narration dominante se focalise sur ce que la victime doit faire pour éviter une attaque, au lieu de se demander comment l’agresseur doit être arrêté ou empêché de nuire.
Au‑delà des cours d’autodéfense : la responsabilité des entreprises
Dans le monde de l’entreprise, particulièrement à l’approche de la Journée internationale des droits des femmes, le 8 mars, on assiste souvent à un foisonnement d’initiatives. Ateliers de self défense, conférences sur l’empowerment féminin, séminaires pour apprendre à identifier les violences : autant de programmes théoriquement louables, mais qui risquent de détourner l’attention de la vraie question : “Arrêtez d’apprendre aux femmes à esquiver les coups si vous ne faites rien pour cesser de recruter ou de maintenir des agresseurs au sein de vos organisations”, souligne une réflexion de plus en plus répandue et partagée.
Car la sécurité n’est pas une affaire individuelle, mais bien une responsabilité collective.
Le côté obscur du "purple washing"
Malheureusement, beaucoup d’entreprises se contentent de pratiques de “purple washing” : elles teintent de violet leurs réseaux sociaux et organisent des événements symboliques – fleurs, séances de yoga, discussions informelles sur l’empowerment – mais échouent lamentablement à mettre en place de véritables protocoles contre la violence et le harcèlement. C’est une façade, une simple opération de marketing qui n’attaque pas le problème à sa racine. À quoi bon proposer un cours d’autodéfense si, dans ce même bureau, l’agresseur continue de jouir de sa position en toute tranquillité, tandis que la victime est poussée à démissionner pour préserver sa santé mentale ?
La sécurité n’est pas un kit de défense personnelle : c’est un système. Un système qui cesse de couvrir les agresseurs et qui place au premier plan le bien‑être et l’intégrité des personnes. Cela suppose d'instaurer des procédures de signalement claires, de garantir un soutien réel aux victimes et d’imposer des sanctions sévères et immédiates aux responsables, sans favoritisme ni dissimulation de dossiers. C’est à cette seule condition que nous pourrons construire une véritable culture du respect et de l’inclusion.
La perspective de la psychologie féministe
Du point de vue de la psychologie féministe, la crainte et la peur que ressentent de nombreuses femmes au quotidien ne sont en rien un “trouble” personnel à soigner, mais une réponse parfaitement logique et rationnelle à un environnement qui les contraint trop souvent à survivre plutôt qu’à vivre pleinement. Un environnement qui exige d’elles de s’adapter à des circonstances hostiles, plutôt que d’agir pour les changer. Il ne s’agit ni d’un manque de résilience ni de faiblesses psychologiques individuelles, mais d’une conscience lucide d’un risque réel et systémique. Lorsqu’on évolue dans un contexte où la violence est endémique ou tolérée, la peur devient un mécanisme de protection essentiel, non un signe de faiblesse.
Bâtir un environnement de travail réellement sûr
Pour les entreprises qui souhaitent se démarquer et prouver un engagement authentique, il est essentiel d’aller au‑delà des célébrations superficielles. Cela implique l’adoption de politiques solides de lutte contre le harcèlement, des formations obligatoires pour tous les employés sur les notions de consentement et de respect, la mise en place de canaux de signalement sûrs et confidentiels, ainsi qu’un dispositif impartial et rapide de traitement des plaintes. Cela signifie aussi promouvoir activement l’égalité des genres à tous les niveaux, en combattant les préjugés et les stéréotypes qui alimentent des comportements toxiques. L’objectif doit être de réduire le nombre d’agresseurs, et non d’augmenter le nombre d’armes dans les sacs des femmes.
La véritable sécurité des femmes, au travail comme dans la vie, ne devrait jamais dépendre de leur force individuelle ni de leur capacité à se défendre. Elle devrait, au contraire, reposer sur l’absence de violence, sur l’existence d’une culture du respect et sur des systèmes qui protègent réellement tout le monde. Il est temps que les entreprises assument pleinement leur responsabilité sociétale, en faisant du 8 mars non plus une simple opération marketing, mais un levier de changement structurel et durable.
(©GreenMe.it 2026/Managing editor : Mathias Lambry - The Press Junction/Picture : Heike Trautmann via Unsplash)
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