Certains alliés de l’OTAN ont refusé d’aider les États-Unis sur le dossier iranien, renforçant les doutes sur leur loyauté et ravivant les débats sur la mainmise américaine sur le Groenland.
À première vue, le Groenland et l’Iran n’ont pas grand-chose en commun – l’un est glacé, l’autre couvert de déserts brûlants.
Et pourtant, la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran a peut-être, de manière inattendue, conforté les arguments du président Donald Trump selon lesquels l’Amérique doit posséder le Groenland – des arguments qu’il avait défendus avec le plus de vigueur en janvier, au grand effroi des alliés européens de l’OTAN et de l’opinion publique, particulièrement au Danemark, qui possède le territoire.
Ainsi, lorsque certains alliés de l’OTAN ont refusé de soutenir les États-Unis dans la guerre contre l’Iran déclenchée il y a six semaines, l’objectif affiché par Trump de mieux protéger les États-Unis dans une ère géopolitique et technologique en rapide mutation a pu rendre encore plus pressante, selon des experts interrogés par Newsweek, l’idée de s’approprier le Groenland – d’autant que l’île semble engagée sur une trajectoire potentiellement imprévisible vers l’indépendance.
D’autres estiment toutefois qu’à l’approche rapide des élections de mi-mandat au Congrès, en novembre, Trump a les mains liées pour toute nouvelle initiative sur le Groenland. Il aurait beau souhaiter en devenir propriétaire, aller plus loin pourrait lui coûter des voix, y compris parmi ses soutiens les plus fervents du mouvement MAGA, de plus en plus mécontents de la multiplication de ses interventions à l’étranger.
La Maison-Blanche a mis en avant cette semaine le lien entre le Groenland et l’Iran en republiant vendredi, sur son compte X, les déclarations du président, alors que Washington et Téhéran se préparaient à des pourparlers à Islamabad pour mettre fin à la guerre : "L’OTAN N’ÉTAIT PAS LÀ QUAND NOUS AVIONS BESOIN D’ELLE, ET ELLE NE SERA PAS LÀ SI NOUS AVONS ENCORE BESOIN D’ELLE. RAPPELEZ-VOUS LE GROENLAND, CE GRAND MORCEAU DE GLACE MAL GÉRÉ !!!" Plus tôt dans la semaine, des messages du président sur Truth Social établissaient déjà un lien entre l’Iran, le Groenland et l’OTAN.
Le chemin qui relie le Groenland à l’Iran est sinueux, mais l’enjeu pourrait bien être rien de moins que l’avenir de l’OTAN, l’alliance défensive d’après-guerre qui a préservé la paix pendant la Guerre froide et qui a fêté ses 77 ans il y a une semaine.
Au cœur des arguments de Trump en faveur de la prise de contrôle du Groenland se trouve un fossé entre les perceptions américaines et européennes des menaces sécuritaires, explique Michael Lucci, fondateur de State Armor, une organisation politique qui œuvre au renforcement de la résilience en matière de sécurité nationale au niveau des États américains.
Lucci souligne que certains alliés de l’OTAN, notamment le Royaume-Uni, la France et l’Espagne, ont été peu enclins à soutenir pleinement ou partiellement les États-Unis dans leur guerre contre l’Iran, refusant de mettre des bases ou leur espace aérien à la disposition de l’US Air Force, ou encore d’envoyer des bâtiments de guerre pour patrouiller ou sécuriser le détroit d’Ormuz, sous contrôle iranien.
"Le fossé entre les perceptions américaines et européennes des menaces à la sécurité devient rapidement intenable", déclare Lucci
"En janvier, les capitales européennes se sont vivement offusquées lorsque le président Trump a plaidé pour que les États-Unis deviennent propriétaires du Groenland. En mars, l’armée américaine s’est vu refuser l’usage de bases et d’espaces aériens… parce que certains alliés de l’OTAN ne considèrent pas l’Iran comme une menace et ont, de ce fait, estimé qu’entraver la capacité de frappe américaine contre le régime iranien était la bonne chose à faire", poursuit-il.
"C’est précisément ce qui justifie, selon lui, que le président Trump ait défendu une prise de contrôle américaine du Groenland", ajoute Lucci.
"Les capitales européennes ne perçoivent pas les mêmes menaces que les États-Unis, et elles se sont donné beaucoup de mal pour nous couper les jambes dans le conflit iranien, alors même que la menace iranienne est bien plus proche de l’Europe que de l’Amérique", poursuit-il, avant de conclure : "Le Groenland a des implications sécuritaires considérables pour l’Amérique du Nord… et le décalage entre les perceptions américaines et européennes des menaces extérieures ne cesse de s’aggraver."
Les partisans de Trump mettent en avant son goût pour les négociations volontairement alambiquées et ce qu’ils présentent comme sa capacité à jouer aux "échecs en 4D".
Ses détracteurs, eux, voient bien moins de "4D" dans ses manœuvres que de chaos pur et simple, même si celui-ci reste sous-tendu par une doctrine "America First".
"Pendant des années, l’Europe n’a pas pris la mesure de la menace que représentait la Russie pour sa sécurité, ce qui a profondément exaspéré les États-Unis et affaibli le lien transatlantique", rappelle Lucci.
"Les dirigeants américains sont exaspérés par leurs homologues européens, car nos alliés du Vieux Continent ont constamment adopté une vision beaucoup plus étroite des menaces sécuritaires, au détriment de leur propre sécurité. La vision américaine de la Russie comme menace persistante pour l’Europe s’est révélée exacte, mais les responsables américains n’ont pas réussi à convaincre les dirigeants européens de cesser d’acheter du gaz russe, de renforcer leurs économies et de développer leurs armées avant la troisième année de la deuxième invasion de l’Ukraine par la Russie, en 2022", souligne Lucci.
(©Newsweek 2026 / Managing Editor : Gabriel Arnaud - The Press Junction / Picture : Picture Alliance - Capital Pictures | RS/MPI)
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