The Press Junction.
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12 mai 2026

Moscou : plus d’Internet mobile depuis des jours, retour des talkies-walkies et soupçons de censure

©ZINO via Unsplash

À Moscou, le réseau de données mobiles ne fonctionne plus ou par intermittence depuis plusieurs jours et, pour des millions de personnes, le smartphone s’est mué en objet quasi inutile. Les applis de paiement, les services de navigation GPS et les plateformes de messagerie cessent soudainement de fonctionner, paralysant la vie quotidienne d’une ville qui a pris l’habitude de vivre au rythme des services numériques.

Par moments, même les taxis, les horodateurs et les distributeurs automatiques de billets se sont retrouvés à l’arrêt, tandis que les commerces ont dû ralentir ou suspendre leurs activités. Le Kremlin a évoqué des mesures de sécurité, sans fournir de précisions, mais l’étendue des pannes, de la périphérie jusqu’au centre de la capitale, a alimenté les soupçons d’une intervention plus large. Dans une métropole hyperconnectée, la perte du réseau mobile a mis en lumière la fragilité de l’infrastructure numérique lorsqu’elle est limitée par les autorités.

Le soupçon d’une "whitelist" et le contrôle du réseau

Derrière ces interruptions, s’impose peu à peu l’hypothèse d’un test pour un système de "whitelist" (liste blanche), c'est-à-dire un réseau où seuls les sites approuvés par l’État resteraient accessibles. Dans ce scénario, tout ce qui ne figure pas sur cette liste serait automatiquement bloqué, limitant l’accès aux informations indépendantes et aux plateformes étrangères.

Parallèlement, la pression sur les applis étrangères s’est intensifiée. WhatsApp et Telegram ont fait l’objet de restrictions dans certaines zones, tandis que les autorités font la promotion de MAX, un service de messagerie soutenu par l’État. Selon plusieurs analystes, l’objectif serait de réduire la dépendance aux plateformes extérieures et de renforcer le contrôle de l’information.

Le retour à l’analogique : talkies-walkies et espèces

Avec une connexion instable, de nombreux Moscovites ont adopté des solutions de secours. Talkies-walkies, bipeurs, cartes routières en papier et surtout argent liquide sont redevenus monnaie courante. Sans Internet, payer avec son smartphone devient impossible et même l’envoi d’un simple message peut tourner au casse-tête. Le trafic de SMS a explosé et plusieurs commerces ont cessé d’accepter les paiements numériques. En pratique, la ville a fait un bond technologique en arrière, redécouvrant des outils jugés dépassés mais qui ont l’avantage de fonctionner sans connexion.

L’ironie des habitants : "retour dans les années 1990"

Malgré les désagréments, les contenus ironiques relatant la situation ont inondé les réseaux sociaux. Certains habitants plaisantent sur le fait de devoir à nouveau demander leur chemin dans la rue, d’autres publient des photos de plans et cartes pliées ou de talkies-walkies ressortis des tiroirs. Il y en a même qui utilisent leur téléphone pour jouer au ping-pong ou font semblant de passer un appel vidéo en sachant pertinemment que personne ne décrochera.

Cette ironie dissimule pourtant une réalité plus grave : la crainte que le blackout ne soit pas qu’un épisode passager. Rire de la situation est devenu une façon de faire face à l’incertitude, tandis que la ville expérimente ce que signifie vivre avec une connexion fragile et sous contrôle. Moscou se retrouve ainsi confrontée à un scénario inattendu : une métropole qui ralentit, revient à l’analogique et découvre à quel point la liberté en ligne peut soudainement devenir précaire.

Source : РБК

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