The Press Junction.
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13 mai 2026

Analyse : c’est maintenant ou jamais pour Poutine

©PA

Vladimir Poutine parie que l’Ukraine s’effondrera avant lui. C’est peut‑être sa meilleure chance de victoire.

Le printemps arrive, une saison pleine de promesses et de vie. Mais en Ukraine, il est devenu un présage de mort et de destruction. À mesure que les conditions sur le champ de bataille s’améliorent, les états-majors de Moscou et de Kiev se préparent à de nouveaux mois de guerre brutale.

Tout indique que les forces russes préparent une nouvelle offensive dans l’est du Donetsk, où l’Ukraine contrôle encore environ un cinquième du territoire que le Kremlin convoite mais n’a, jusqu’ici, pas réussi à prendre.

Des facteurs extérieurs s’alignent en faveur de Moscou, offrant au Kremlin son moment le plus avantageux depuis des années. Le président russe Vladimir Poutine semble prêt à exploiter son avantage militaire.

L’attention autrefois sans faille de Washington pour l’Ukraine a été amoindrie par une autre crise.

Une guerre menée par les États‑Unis contre l’Iran, lancée par le président Donald Trump le 28 février, accapare l’attention et les ressources américaines.

Les États‑Unis sont de plus en plus entraînés dans le conflit, prêts à sécuriser le détroit d’Ormuz et peut‑être même à déployer des troupes au sol.

Les pourparlers de paix de haut niveau entre la Russie et l’Ukraine, autrefois pilotés par les diplomates américains, sont désormais suspendus sine die.

L’aide militaire qui aurait pu renforcer la défense de l’Ukraine est redirigée : les systèmes de défense aérienne et les munitions américains affluent vers les alliés du Golfe pour contrer les missiles et drones iraniens, alimentant la crainte qu’il ne reste plus grand‑chose pour l’Ukraine.

La Maison‑Blanche a déjà montré des signes d’impatience vis‑à‑vis de Kiev, critiquant ouvertement le président Volodymyr Zelensky et présentant son refus de céder du territoire comme le principal obstacle à la paix.

La guerre avec l’Iran a aussi apporté à la Russie une bouffée d’oxygène économique qui pourrait s’avérer décisive.

Les craintes de perturbations de l’offre — notamment les menaces pesant sur le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz et les attaques contre des installations énergétiques dans tout le Golfe — ont fait grimper les prix du pétrole.

En tant que grand exportateur, la Russie en récolte les fruits. La hausse des prix regonfle le trésor de guerre de Moscou de milliards de recettes supplémentaires, alors que le pays jongle avec des taux d’intérêt élevés, l’inflation et l’explosion de la facture des soldes et des nouvelles munitions.

Dans le même temps, l’application des sanctions s’est relâchée. Les États‑Unis ont accordé des dérogations permettant à des pays comme l’Inde de continuer à acheter du brut russe, et Trump a laissé entendre qu’il pourrait alléger certaines sanctions pétrolières pour stabiliser les marchés.

Des prix plus élevés et une application plus laxiste signifient que Moscou peut vendre davantage de pétrole avec des marges plus confortables, offrant à Poutine une bouée de sauvetage financière, au moins à court terme.

Pour une économie mise à rude épreuve par des années de sanctions, le conflit iranien s’apparente à une injection de liquidités inattendue. La Russie émerge comme l’un des grands bénéficiaires financiers de la guerre contre l’Iran, ce qui renforce la position de Moscou en Ukraine.

L’Institute for the Study of War estime que la Russie masse des réserves et intensifie ses tirs d’artillerie le long des 1 200 kilomètres de front, sans doute en vue d’une nouvelle offensive de printemps.

Contrairement au début de 2022, lorsque la mauvaise logistique et la boue avaient freiné l’avancée russe, les commandants disposent désormais de l’expérience du terrain et d’objectifs plus limités. Le redoux pourrait leur offrir une fenêtre pour progresser.

 Pour les généraux de Poutine, ce printemps représente une occasion cruciale de reprendre l’initiative.

De leur côté, les dirigeants européens continuent d’afficher leur soutien à l’Ukraine, mais ils peinent à combler le vide laissé par la distraction américaine.

L’UE a promis 90 milliards d’euros d’aide militaire et budgétaire sur deux ans, mais les querelles internes ont mis au jour un essoufflement de l’unité. Les alliés de l’OTAN ont également rechigné à accepter de nouvelles missions en dehors de l’Europe.

Du point de vue de Moscou, une Amérique distraite et une Europe en difficulté créent une brèche stratégique que Poutine peut être tenté d’exploiter avant que la détermination occidentale ne se raffermisse.

Le temps pourrait aussi jouer contre Moscou sur le plan politique. La gestion par Trump de la guerre avec l’Iran et sa réticence à soutenir l’Ukraine seront mises à l’épreuve lors des élections de mi‑mandat de novembre 2026.

La flambée des prix du carburant et le coût d’un nouveau conflit ont contribué à faire remonter l’opposition dans les sondages.

Historiquement, les présidents perdent du terrain aux élections de mi‑mandat, et le schéma semble se répéter.

Si les démocrates reprennent le Congrès, ils devraient pousser à un soutien plus ferme à Kiev et examiner à la loupe les concessions faites à Moscou.

Pour Poutine, cette guerre a toujours eu une dimension personnelle. Il a présenté l’Ukraine comme faisant partie de la sphère historique de la Russie, affirmant en 2021 que Russes et Ukrainiens ne formaient "qu’un seul peuple".

À 73 ans, alors que la Russie affronte des tensions de long terme, cela confère au moment présent une urgence de type "maintenant ou jamais".

Poutine parie que l’Ukraine s’effondrera avant lui. Cette offensive de printemps sera peut‑être sa meilleure chance restante.

Si la Russie ne parvient pas à briser la résistance de l’Ukraine maintenant, la question deviendra brutale pour le Kremlin : quand, et même si, cela sera encore possible ?
 

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