The Press Junction.
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12 mai 2026

Guerre en Iran : tous les regards se tournent vers le détroit d'Ormuz

©PA

Le général américain Dan Caine, chef d’état‑major interarmées, a indiqué que les États‑Unis visent la capacité de l’Iran à poser des mines dans le détroit.

Le président Donald Trump a déclaré samedi qu’il avait repoussé les tentatives de ses alliés au Moyen‑Orient d’engager des discussions diplomatiques avec l’Iran pour mettre fin à la guerre, rapporte Reuters.

Ce désintérêt semble toutefois partagé. Reuters cite trois sources au fait de l’initiative menée par les alliés moyen‑orientaux, mais aussi deux sources iraniennes indiquant que Téhéran n’a, lui non plus, aucune intention d’aborder la question de la paix pour l’instant, alors même que plusieurs pays appellent les deux camps à la retenue – des camps qui paraissent installés dans une logique de conflit prolongé.

Le mois dernier, les États‑Unis et Israël ont frappé des cibles militaires clés en Iran et tué le Guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, ainsi que d’autres hauts responsables du régime. L’Iran a riposté par des tirs de missiles et de drones visant Israël et plusieurs États arabes du Golfe qui accueillent des forces armées américaines.

Le manque d’intérêt pour de quelconques pourparlers de paix inquiétera les alliés de la région après que les États‑Unis ont mené des frappes sur l’île de Kharg vendredi, où l’Iran raffine environ 90 % de son pétrole brut. Dans le même temps, Téhéran continue de viser des installations de raffinage dans les pays voisins.

Le général Dan Caine, chef d’état‑major interarmées, a déclaré que les États‑Unis ciblent la capacité de l’Iran à poser des mines dans le détroit d’Ormuz, par lequel transitent normalement 20 % du pétrole mondial, alors que le nouveau Guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, a juré de maintenir le blocage du détroit, faisant trembler les marchés de l’énergie.

Foujaïrah, aux Émirats arabes unis, grand hub d’exportation de pétrole brut, a suspendu certaines opérations après une attaque de drone suivie d’un incendie, selon des sources industrielles et commerciales. Parallèlement, plusieurs pays du Golfe, dont le Qatar, Bahreïn et le Koweït, ont déclaré un cas de force majeure sur leurs exportations de gaz en interrompant leur production – une clause de leurs contrats avec leurs partenaires commerciaux qui leur permet de suspendre leurs livraisons de pétrole lorsqu’ils doivent faire face à des événements indépendants de leur volonté.

Oman a tenté de jouer les médiateurs entre Washington et Téhéran, poursuivant les efforts engagés avant la guerre et suspendus après les frappes conjointes américano‑israéliennes. L’Égypte a également essayé de rétablir des canaux de communication, sans succès.

Un haut responsable de la Maison‑Blanche a confirmé à Reuters que Trump reste déterminé à poursuivre l’effort de guerre, résolu à affaiblir davantage les capacités militaires de Téhéran.

"Ce n’est pas ce qui l’intéresse en ce moment, et nous allons poursuivre la mission sans le moindre ralentissement. Peut‑être qu’un jour, mais pas maintenant", a déclaré ce responsable.

Un deuxième haut responsable de la Maison‑Blanche a indiqué au média que le président "a dit que la nouvelle direction potentielle en Iran a laissé entendre qu’elle souhaite parler et finira par le faire. Pour l’instant, l’Opération Fureur Épique se poursuit sans relâche", alors même que des responsables iraniens affirment eux aussi avoir rejeté les appels de leurs voisins de la région à s’engager dans des discussions de paix tant que les États‑Unis et Israël ne mettront pas fin à leurs frappes aériennes.

Le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a déclaré samedi qu’il ne voyait aucune initiative sérieuse visant à relancer des négociations entre les États‑Unis et l’Iran, tout en estimant que l’Iran pourrait se montrer ouvert à des pourparlers discrets.

"Les conditions ne sont guère favorables" à la diplomatie pour l’instant, a reconnu Fidan, ajoutant que les Iraniens "se sentent trahis" parce qu’ils étaient engagés dans des négociations actives avec les États‑Unis lorsque Washington a lancé son attaque. Il reste cependant convaincu « qu’ils sont ouverts à toute diplomatie parallèle sensée ».

Le calendrier américain demeure incertain : plusieurs responsables, dont Trump lui‑même, avaient suggéré que la guerre pourrait durer des semaines, avant que le président n’évoque une fin rapide – puis que Washington et Téhéran ne continuent finalement d’escalader le conflit.

La semaine dernière, l’Iran a de facto fermé le détroit d’Ormuz, immobilisant des millions de barils de pétrole sur des tankers incapables de franchir ce goulet d’étranglement. Cette décision a provoqué une flambée des prix du pétrole et du gaz : le baril a dépassé les 100 dollars (env. 87,2 euros) pour la première fois en quatre ans.

Trump a réagi en ordonnant la destruction des défenses de l’île de Kharg, en précisant qu’il avait laissé intactes, "pour l’instant", les installations de raffinage, mais qu’il ordonnerait leur destruction si l’Iran persistait à bloquer le passage des navires dans le détroit d’Ormuz.

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a cependant déclaré samedi dans un entretien à MS Now que le détroit restait ouvert à tous, sauf aux "pétroliers et navires appartenant à nos ennemis, à ceux qui nous attaquent et à leurs alliés".

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