The Press Junction.
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13 mai 2026

L'Afghanistan replonge dans la guerre avec le Pakistan

©Unsplash

Les ambulances qui arrivent sirènes hurlantes, les volontaires qui fouillent les décombres, les corps alignés devant un hôpital détruit. À Kaboul, un raid aérien a frappé un centre de soins pour toxicomanes, faisant des centaines de victimes. 

Une attaque qui marque l’une des journées les plus dramatiques de ces dernières années et qui ramène l’Afghanistan dans une spirale que l’on pensait, au moins en partie, derrière soi.

Selon les autorités locales, les bombes auraient été larguées par le Pakistan. Islamabad rejette les accusations d’avoir frappé des civils, affirmant au contraire avoir visé des bases de groupes armés. Mais sur le terrain, les chiffres restent implacables : au moins 400 morts (100 selon la BBC) et 200 blessés, en grande majorité des personnes qui se trouvaient dans un établissement de santé.

Ces derniers mois, et plus encore ces dernières semaines, les raids aériens pakistanais en territoire afghan se sont intensifiés. Les explosions ont touché non seulement Kaboul, mais aussi des provinces comme Nangarhar, Paktika et Kandahar.

La réponse du gouvernement taliban ne s’est pas fait attendre : opérations terrestres le long de la frontière, attaques de drones et revendications de prises de positions militaires. Les deux parties parlent de "représailles", dans un jeu d’accusations croisées qui rend difficile l’identification d’un point de départ clair.

Au cœur de l’affrontement se trouve surtout le Tehrik-e Taliban Pakistan (TTP), un groupe armé responsable de nombreux attentats sur le sol pakistanais. Islamabad accuse Kaboul d’offrir un refuge à ses combattants et de tolérer leurs activités.

Le gouvernement taliban dément, mais les liens entre les deux mouvements sont connus : ils partagent des racines idéologiques, des relations familiales et une histoire commune de lutte armée. Pour les talibans afghans, frapper durement le TTP reviendrait à risquer des fractures internes dans un équilibre déjà fragile.

En attendant, les attaques se poursuivent. Parmi elles, un attentat-suicide dans une mosquée au Pakistan qui a fait des dizaines de victimes et que les autorités d’Islamabad attribuent précisément au TTP, en dépit d’autres revendications.

Sur le plan militaire, le Pakistan dispose d’une supériorité évidente : aviation, technologie et capacités opérationnelles avancées. L’Afghanistan, lui, mise sur d’autres stratégies, héritées d’années de conflit : guérilla, mobilité et recours croissant aux drones.

Ces derniers sont en train de changer le visage de l’affrontement. Peu coûteux et difficiles à intercepter, ils permettent de mener des attaques ciblées sans disposer d’un important appareil militaire, rendant le conflit plus imprévisible.

L’escalade ne concerne pas uniquement les deux pays. Dans la région, des intérêts plus larges s’entrecroisent : la présence de groupes comme l’EI-K et Al-Qaïda, les préoccupations des États-Unis en matière de terrorisme, le rôle de la Chine, de plus en plus active sur le terrain diplomatique et sécuritaire.

Un conflit ouvert risquerait de desserrer l’étau sur ces groupes armés, leur offrant un espace pour se réorganiser. Dans le même temps, il pourrait déstabiliser encore davantage une zone déjà marquée par de multiples crises.

Une fois encore, ce sont les civils qui paient le prix le plus lourd. En Afghanistan, où la pauvreté et la faim sont endémiques, la reprise des bombardements signifie aussi la fin d’une fragile accalmie : après des décennies de guerre, de nombreuses familles avaient cessé de craindre les attaques aériennes.

L’économie souffre elle aussi de cette tension. Les échanges commerciaux entre les deux pays sont à l’arrêt depuis des mois, avec des répercussions directes sur la disponibilité de biens essentiels, y compris de médicaments.
 

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