The Press Junction.
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12 mai 2026

L'attaque contre l’Iran s’inscrit dans une stratégie qui vise aussi la Chine

©PA

La frappe américaine contre l’Iran s’inscrit dans une stratégie de plus grande ampleur qui dépasse le Moyen-Orient pour s’étendre à la Chine, estiment des analystes.

Les frappes menées samedi contre l’Iran s’inscrivent dans une stratégie plus vaste des États-Unis, qui dépasse le seul Moyen-Orient pour mettre sous pression la Chine, un pays considéré à Washington comme son principal adversaire stratégique, ont expliqué des analystes à Newsweek.

Les frappes américaines, conduites aux côtés de leur allié israélien et entamées samedi, constituent la deuxième opération en trois mois contre un allié pétrolier de la Chine, après une intervention militaire plus tôt cette année au Venezuela, qui a renversé le gouvernement en place. Le Venezuela comme l’Iran étaient des partenaires proches et des alliés stratégiques de Pékin, qui leur achetait du pétrole à des conditions avantageuses.

Les États-Unis considèrent la Chine comme leur principal rival au niveau mondial. La puissance industrielle colossale de Pékin et la montée en puissance rapide de sa marine de guerre la placent en position de contester potentiellement la suprématie militaire américaine dans le Pacifique et, plus largement, son influence mondiale. L’armée chinoise mène des manœuvres de plus en plus agressives encerclant Taïwan, alimentant les craintes d’une invasion.

En Iran, comme au Venezuela en janvier, plusieurs facteurs étaient à l’œuvre, mais les enjeux dépassaient le cadre local, voire régional.

"L’objectif est d’étrangler la principale source de pétrole bon marché de la Chine", affirme Madi Kapparov, économiste et directeur de la recherche au Centre for Information Defence and Strategies, qui dispose de bureaux à Londres.

Une perturbation des approvisionnements pétroliers chinois représente une menace particulière pour l’armée chinoise, qui a besoin d’un flux fiable d’essence et de diesel pour fonctionner, souligne Kapparov. La Chine a beaucoup investi dans de nouvelles centrales à charbon et dans les énergies renouvelables, mais "une armée ne peut pas tourner au charbon ni aux renouvelables", ajoute-t-il.  

Pékin avait réussi, pendant des années, à faire baisser fortement le prix du pétrole iranien qu’il achetait, le pays ayant peu de débouchés en raison de sanctions internationales de longue durée liées à son programme nucléaire. La Chine a acheté plus de 80 % du pétrole exporté par l’Iran en 2025, selon la société d’analyses Kpler.

La Chine achète également du pétrole à la Russie, autre allié politique, mais remplacer le pétrole iranien ne se fait pas d’un simple claquement de doigts, le brut russe pouvant nécessiter des procédés de raffinage différents.

Pékin se fournit aussi auprès d’autres pays, mais ces approvisionnements purement commerciaux pourraient être menacés en cas d’invasion de Taïwan, la Chine risquant alors de subir un régime de sanctions internationales comparable à celui imposé à la Russie après ses invasions de l’Ukraine.

La dimension chinoise des événements en Iran elle-même s’intègre dans un jeu plus vaste encore, explique Ross Babbage, directeur général de Strategic Forum, un cabinet de conseil stratégique basé en Australie, et chercheur au Center for Strategic and Budgetary Assessments à Washington, D.C.

Avec l’attaque contre l’Iran et la mort de l’ayatollah Khamenei, "un autre dirigeant autoritaire de longue date est tombé", observe-t-il, ajoutant "qu’il semble qu’il y ait des éléments de stratégie aux États-Unis, et cette stratégie semble enregistrer de réels progrès".

"Les pays qui constituaient, si l’on veut, des bastions autoritaires sont en train de tomber. Les partenaires de Pékin et de Moscou sont moins nombreux et pèsent de moins en moins lourd sur le plan stratégique", poursuit-il.

La Chine est restée mesurée dans sa réaction à la frappe américaine. L’agence de presse Xinhua s’est contentée de quelques annonces ciblées, notamment l’annonce de la mort du chef du renseignement de la police iranienne. Le ministère chinois des Affaires étrangères a protesté contre la mort de Khamenei, donné des consignes aux ressortissants chinois en Iran pour quitter le pays et appelé Washington à ne pas faire monter les enchères.

 

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