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Sa principale préoccupation à l’heure actuelle est de "rester en vie", a confié un ancien responsable américain à Newsweek au sujet du guide suprême iranien Mojtaba Khamenei.
À peine quelques jours après son accession à la plus haute charge de la République islamique, les informations se multiplient selon lesquelles le guide suprême Mojtaba Khamenei aurait été blessé lors des frappes américano-israéliennes qui ont tué son père et prédécesseur, ainsi que d’autres membres de sa famille, au début d’une guerre toujours en cours contre la République islamique.
Cet état de fait ne devrait toutefois pas écourter son règne à court terme. Au contraire, sa situation pourrait encore renforcer une discrétion bien ancrée, qui pourrait in fine contribuer à sa survie face aux menaces américaines et israéliennes.
"Sa principale préoccupation à l’heure actuelle est de rester en vie, donc il va continuer à se tenir à l’écart de la scène publique, surtout si les informations selon lesquelles il est blessé sont exactes", a déclaré Alan Eyre, ancien spécialiste de l’Iran au département d’État américain.
Cela ne signifie pas nécessairement que Khamenei restera dans l’ombre alors que de nombreuses questions entourent l’avenir de la fonction, extrêmement prestigieuse, de guide suprême, qui demeure, du moins officiellement, à la tête de la République islamique fondée en 1979 par le défunt ayatollah Rouhollah Khomeini, auquel a succédé dix ans plus tard, à sa mort, le père de l’actuel dirigeant, l’ayatollah Ali Khamenei.
"Une fois la guerre terminée, s’il est toujours en vie, il est probable qu’il augmentera considérablement sa visibilité publique", estime Eyre. "Sa mort ne signifierait pas la fin du système de gouvernance, même si, dans les faits, les fondements théologiques de ce système se sont largement érodés depuis l’époque de Khomeini, à mesure que l’Iran est devenu moins une théocratie qu’un État militaro-sécuritaire."
L’agence de presse officielle Irna a présenté Khamenei comme un vétéran "blessé" de la guerre déclenchée par les États-Unis et Israël contre l’Iran le 28 février. Une source anonyme citée mardi par le Jerusalem Post a indiqué que Khamenei avait subi des blessures légères et continuait à exercer ses fonctions, une version similaire à celle attribuée à des responsables iraniens non identifiés par Reuters mercredi.
Des responsables iraniens anonymes cités mercredi par le New York Times ont affirmé que Khamenei souffrait de blessures aux jambes et se tenait à l’abri des regards afin de le protéger de nouveaux risques. Le même article citait des responsables israéliens, eux aussi anonymes, dressant un constat similaire sur la nature de ses blessures, sur la base d’informations recueillies par l’appareil de défense israélien.
S’adressant au Guardian mercredi, l’ambassadeur d’Iran à Chypre, Alireza Salarian, a confirmé qu’à sa connaissance Khamenei avait été blessé lors des mêmes frappes qui ont tué son père — et, selon certaines informations, sa mère, sa sœur, son épouse, sa fille et d’autres proches — et qu’il en était sorti avec des blessures à la main et aux jambes.
Interrogé sur l’absence de Khamenei de la scène publique, Salarian a été cité déclarant : "Je ne pense pas qu’il soit en état, dans quelque condition que ce soit, de prononcer un discours."
Ali Khamenei utilisait fréquemment la tribune du guide suprême pour apparaître en public et prononcer des discours, sur scène comme sur les réseaux sociaux. Le fils, lui, s’est surtout concentré sur les études religieuses et, selon de nombreux témoignages, sur le patient tissage de ses réseaux d’influence au sein des Gardiens de la révolution islamique, au sein desquels il a servi durant la guerre Iran-Irak de 1980–1988, période pendant laquelle son père occupait en grande partie la présidence.
La branche paramilitaire avec laquelle Khamenei est le plus souvent associé, maintient un puissant réseau de sécurité intérieure qui a été activé pour réprimer les manifestations et troubles à l’échelle nationale qui ont embrasé le pays en janvier, et demeure un pilier du maintien de l’ordre dans le contexte du conflit en cours avec les États-Unis et Israël.
La désignation de Khamenei comme guide suprême a suscité l’hostilité de Washington comme de Tel-Aviv qui, tout en évitant d’afficher ouvertement un objectif de changement de régime, appellent à la fin de la République islamique par le biais d’un nouveau soulèvement populaire.
Le président américain Donald Trump a, ces derniers jours, multiplié les critiques contre le choix de Khamenei et laissé entendre que la Maison-Blanche devrait avoir son mot à dire sur l’identité du dirigeant iranien. Dans le même temps, Trump refuse de dire s’il compte désormais prendre pour cible le nouveau guide suprême.
Interrogé mardi par CNN pour savoir si Khamenei était considéré comme une cible potentielle, le ministre israélien des Affaires étrangères Gideon Saar a adopté une approche "attentiste", tout en laissant entendre que la décision serait liée aux attentes selon lesquelles le nouveau guide suprême poursuivrait "les politiques extrêmement radicales et folles de son père".
(©Newsweek 2026 / Managing Editor : Gabriel Arnaud - The Press Junction / Picture : Picture Alliance - NurPhoto - Morteza Nikoubazl)
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