The Press Junction.
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12 mai 2026

Les 5 questions essentielles sur l'Iran

©Unsplash

La guerre de Trump contre l’Iran reste incertaine en raison de grandes zones d’ombre concernant la direction de Téhéran, ses capacités et ses prochaines manœuvres.

Lorsque Donald Rumsfeld a parlé, en 2002, des "inconnues connues" à propos de l’Irak, le secrétaire à la Défense américain de l’époque décrivait les angles morts qui peuvent faire la différence entre succès et échec dans un conflit.

Ce concept revient en force avec la guerre américano-israélienne contre l’Iran, déclenchée le 28 février par une salve de frappes qui a abouti à l’assassinat du Guide suprême Ali Khamenei.

Les États-Unis et Israël ont déjà infligé de lourds dégâts militaires, mais l’Iran continue de riposter, quoique de manière asymétrique. Des questions clés déterminent désormais la trajectoire du conflit. À terme, elles pourraient décider si cette guerre s’achève rapidement ou dégénère en catastrophe.

1 : Le nouveau Guide suprême iranien est-il vivant et vraiment aux commandes ?

L’incertitude la plus immédiate se situe au sommet du système politique iranien. Mojtaba Khamenei, désigné Guide suprême après la mort de son père, n’est pas apparu en public depuis le début de la guerre. Son absence nourrit des spéculations persistantes selon lesquelles il aurait été grièvement blessé lors des premières frappes qui ont tué son père et son épouse. Les médias d’État iraniens affirment qu’il est vivant et dirige le pays, mais son premier message a été transmis par écrit, et non diffusé en vidéo.

Des responsables américains ont publiquement mis en doute son état, le président Donald Trump laissant entendre que Khamenei est "diminué" mais vivant.

L’enjeu est de taille. Un Guide suprême hors d’état de gouverner pourrait affaiblir la prise de décision ou attiser les luttes de factions au sein du régime. Si l’Iran dissimule une instabilité au sommet, il s’expose à des erreurs de calcul à l’extérieur et à une perte de contrôle à l’intérieur.

2 : De quelle puissance de feu l’Iran dispose-t-il encore ?

Avant la guerre, l’Iran possédait le plus important arsenal de missiles du Moyen-Orient, ainsi qu’un vaste stock de drones d’attaque. Les frappes américaines et israéliennes ont détruit une grande partie de ses infrastructures de lancement, réduisant de façon spectaculaire le volume des attaques quotidiennes. Des responsables militaires indiquent que les tirs de missiles et de drones ont fortement chuté depuis la première semaine de combats. Mais l’Iran continue de tirer. Des lanceurs mobiles, des installations souterraines et des stocks dispersés rendent toute destruction totale extrêmement difficile. Les drones, en particulier, restent une source d’inquiétude. Ils sont bon marché, faciles à produire et difficiles à éliminer complètement.

L’Iran a démontré sa capacité à maintenir la pression même après avoir encaissé de lourdes pertes. Et il continue d’utiliser drones et missiles contre les États du Golfe et les pétroliers qui transitent par le détroit d’Ormuz, artère vitale.

Il déploie également des mines dans le détroit pour accentuer la pression sur les États-Unis via le marché mondial du pétrole. Ce qui demeure inconnu, c’est la véritable ampleur de ses réserves et de sa capacité de production.

Les services de renseignement ignorent le nombre exact de missiles et de drones qui ont été dissimulés avant la guerre, ou la rapidité avec laquelle Téhéran peut reconstituer son arsenal sous le feu. Ils ne disposent que d’estimations, pas de certitudes.

Tant que l’Iran conservera la capacité de frapper des bases américaines, Israël ou des infrastructures régionales, il pourra prolonger le conflit et renchérir le coût d’une action militaire continue.

3 : La guerre affaiblit-elle le régime – ou le renforce-t-elle ?

La guerre a éclaté après des mois de troubles intérieurs intenses et meurtriers en Iran, nourrissant l’espoir, chez certains responsables occidentaux et figures d’opposition en exil, qu’une pression militaire pourrait faire vaciller le régime. Trump a même profité de sa première adresse au peuple iranien après le déclenchement de la guerre pour appeler les Iraniens à reprendre le contrôle des institutions de leur pays au régime, espérant que les frappes seraient le catalyseur d’un changement.

Les slogans nocturnes hostiles au régime dans certaines villes redonnent une lueur d’espoir après la brutale répression des manifestations qui avait précédé la guerre.

Mais la direction iranienne exploite les attaques pour mobiliser le sentiment nationaliste, en organisant des manifestations pro-gouvernementales et en présentant la guerre comme une agression étrangère contre la nation tout entière.

Parallèlement, les Gardiens de la révolution ont resserré l’étau sécuritaire, déployant des forces dans les villes pour prévenir toute reprise d’ampleur des protestations.

L’opposition iranienne demeure profondément fragmentée, sans leadership unifié ni coordination claire à l’intérieur du pays. L’une de ces figures, le prince exilé Reza Pahlavi, a assuré à ses partisans que le moment final est proche et les a appelés à attendre son signal.

Mais la véritable influence de Pahlavi à l’intérieur de l’Iran, où beaucoup gardent en mémoire le règne brutal de son père, le dernier shah, reste incertaine.

Si la colère contre le régime est profonde, la peur, la répression et l’incertitude propre aux temps de guerre ont jusqu’ici empêché le soulèvement massif qui serait nécessaire pour renverser les dirigeants religieux du pays.

4 : Où se trouve aujourd’hui le matériel nucléaire iranien ?

Bien que la guerre ait été déclenchée au nom des ambitions nucléaires supposées de l’Iran, le sort de son uranium enrichi demeure en suspens. Avant les hostilités, l’Iran disposait d’assez d’uranium enrichi à 60 % pour potentiellement alimenter plusieurs armes nucléaires. Les frappes aériennes ont endommagé des sites nucléaires, mais les responsables américains reconnaissent qu’une partie du matériel, stockée profondément sous terre, n’a pas été détruite. L’Iran avait été prévenu et avait tout intérêt à disperser ses actifs nucléaires en amont des attaques.

5 : Jusqu’où l’Iran mènera-t-il la guerre au-delà de la région ?

L’une des inconnues les plus inquiétantes se situe en dehors du Moyen-Orient. Les services de renseignement occidentaux enquêtent sur des indices laissant penser que l’Iran pourrait avoir activé des agents dormants à l’étranger, ces fameuses "cellules dormantes". Une communication chiffrée interceptée plus tôt ce mois-ci a déclenché une alerte renforcée aux États-Unis et en Europe, même si les responsables affirment qu’aucune menace précise n’a été identifiée.

Pris ensemble, ces inconnues expliquent pourquoi cette guerre masque une incertitude stratégique profonde.

La structure de pouvoir iranienne reste opaque, l’ampleur réelle de ses capacités militaires est floue, la stabilité intérieure n’est pas tranchée, son matériel nucléaire n’est pas intégralement localisé et sa capacité à élargir le conflit demeure une question ouverte.

Le conflit glisse plutôt dans une zone de danger connue : celle de succès tactiques sans vision stratégique claire.
 

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