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Moscou pourrait jouer un rôle clé alors que la question nucléaire bloque les pourparlers de paix de long terme entre les États-Unis et l’Iran.
Les discussions entre le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi et le président russe Vladimir Poutine se poursuivent alors que les efforts de paix entre les États-Unis et l’Iran piétinent et que le blocus du détroit d’Ormuz se prolonge.
Les médias d’État iraniens ont rapporté qu’Araghchi était arrivé à Saint-Pétersbourg lundi, sans percée ni sur le front de la guerre ni sur la réouverture de cette voie maritime stratégique.
Le président américain Donald Trump a prolongé indéfiniment le cessez-le-feu conclu entre Washington et Téhéran le 7 avril, qui a en grande partie mis fin aux combats déclenchés par les frappes américano-israéliennes contre l’Iran le 28 février, même si un accord permanent n’est pas encore en vue.
Hamidreza Azizi, spécialiste de l’Iran au sein du groupe de réflexion allemand SWP Berlin, a déclaré lundi à Newsweek que la visite d’Araghchi en Russie s’inscrivait dans un effort iranien plus large visant à régionaliser — voire internationaliser — le cadre d’une possible résolution du conflit.
"Téhéran semble multiplier les interlocuteurs, chacun étant en mesure de traiter un volet spécifique du différend plus général", a-t-il expliqué.
Selon Azizi, la visite d’Araghchi en Russie doit être analysée à la lumière de ses récents déplacements au Pakistan et à Oman, alors que le cercle des médiateurs potentiels dans le conflit s’élargit.
"Le rôle potentiel de la Russie est particulièrement pertinent pour le dossier nucléaire, et plus précisément pour la question du stock d’uranium hautement enrichi de l’Iran", a-t-il poursuivi.
Trump insiste pour que Téhéran renonce à enrichir de l’uranium et collabore avec les États-Unis pour extraire ce qu’il appelle la "poussière nucléaire" dans le cadre d’un accord entre les deux pays.
"Contrairement à ce que suggère Donald Trump, l’Iran ne semble pas disposé à transférer ce matériau aux États-Unis. En revanche, il existe un précédent pour des dispositifs alternatifs impliquant des pays tiers comme la Russie", a ajouté Azizi.
Il a rappelé qu’un mécanisme comparable existait dans le cadre de l’accord nucléaire iranien de 2015, connu sous le nom de Plan d’action global commun, en vertu duquel l’uranium enrichi était transféré à la Russie, qui en échange fournissait à l’Iran du combustible nucléaire à usage civil.
"La Russie a à plusieurs reprises fait savoir qu’elle était prête à jouer à nouveau un rôle similaire, ce qui confère une importance particulière à la visite d’Araghchi à Moscou dans le contexte des efforts visant à surmonter l’un des principaux points de blocage dans les négociations", a estimé Azizi.
Les médias iraniens ont rapporté lundi que l’ambassadeur de Téhéran en Russie, Kazem Jalali, a déclaré que l’Iran et la Russie "se tiennent sur le même front face aux campagnes menées par les forces hégémoniques contre les nations indépendantes et éprises de justice".
Téhéran et Moscou s’opposent tous deux à l’ordre mondial dominé par les États-Unis et aux sanctions américaines, et la Russie s’appuie sur la technologie des drones iraniens pour mener ses frappes en Ukraine.
En janvier 2025, la Russie et l’Iran ont signé un accord de partenariat stratégique global, sans toutefois aller jusqu’à un engagement de défense mutuelle.
La Russie a condamné les frappes américaines et israéliennes contre l’Iran et, si elle n’a pas directement aidé Téhéran par l’envoi de troupes ou de systèmes de défense aérienne, elle soutient l’effort de guerre iranien par d’autres moyens, selon des sources et responsables des services de sécurité occidentaux.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky, qui a proposé des drones de défense et une aide aux États du Golfe visés par l’Iran dans la guerre, a mis en avant des "preuves irréfutables" que Moscou fournissait au régime iranien des capacités en matière de renseignement d’origine électromagnétique et de renseignement électronique.
Le mois dernier, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a qualifié la relation entre la Russie et l’Iran de "coopération à double sens", et Araghchi a déclaré le mois dernier que "la coopération militaire entre l’Iran et la Russie n’a rien de nouveau".
Les négociations à Islamabad impliquant les émissaires américains Steve Witkoff et Jared Kushner n’ont pas eu lieu ce week-end après que Trump a annulé leur visite, affirmant que si Téhéran voulait discuter, "il lui suffisait d’appeler".
(©Newsweek 2026 / Managing Editor : Gabriel Arnaud - The Press Junction / Picture : ©Unsplash)
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