The Press Junction.
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12 mai 2026

Pour l'ONU, la traite des esclaves est le crime le plus grave contre l’humanité

©Unsplash

L’Assemblée générale des Nations unies a adopté une résolution appelée à peser dans le débat international : la traite transatlantique des esclaves y est qualifiée de crime le plus grave contre l’humanité. 

Le texte, présenté par le Ghana, a été adopté par 123 voix pour, mais le résultat a mis en évidence une fracture politique significative.

Les pays africains et de nombreux États du Sud global ont en effet soutenu avec force la résolution, tandis que les États-Unis, Israël et l’Argentine ont voté contre. 52 pays, en revanche, se sont abstenus. Parmi eux se distinguent de nombreux États européens, dont, malheureusement, l’Italie, l’Autriche, la Belgique, la France, l’Allemagne, les Pays-Bas, le Portugal, l’Espagne, le Royaume-Uni et la Suisse.

Le document n’est pas contraignant, mais il constitue une reconnaissance officielle de la déportation et de l’exploitation systématique de millions d’Africains entre le XVIe et le XIXe siècle. Et pourtant, nous, avec tant d’autres nations, avons choisi de ne pas nous prononcer contre cette aberration perpétrée pendant des siècles.

Le fait le plus marquant (et glaçant) mis en lumière par ce vote est précisément la large abstention européenne. Plusieurs pays du continent ont préféré adopter une position dite "prudente" et ne pas soutenir ouvertement le texte, évitant ainsi de s’engager directement sur d’éventuelles demandes de réparations économiques, d’excuses officielles, de négociations internationales ou de prise en charge de responsabilités historiques.

Avec ce vote, l’ONU reconnaît pour la première fois de manière explicite l’ampleur systémique de la déportation de millions d’Africains, en la qualifiant non seulement de tragédie historique, mais aussi de blessure toujours ouverte, qui continue d’influencer les inégalités et les discriminations actuelles.

Comme indiqué, la résolution invite les États membres à envisager des actions réparatrices pour leur éventuel rôle dans la traite. Parmi les mesures mentionnées figurent des excuses publiques, des programmes éducatifs, la restitution de biens culturels spoliés pendant la période coloniale et des initiatives contre le racisme systémique.

Selon les estimations historiques, plus de 12 millions d’Africains ont été déportés vers les Amériques, tandis que plus de deux millions sont morts pendant la traversée. Le texte souligne que les conséquences de ce système continuent de peser sur les inégalités sociales, les discriminations et les déséquilibres économiques.

Le message est clair : la traite des esclaves n’est pas seulement une page tournée, mais un événement qui continue de façonner les équilibres économiques et sociaux. Avec ce vote, l’ONU introduit un nouveau point de référence dans le débat international, transformant la mémoire en une question politique actuelle et laissant ouverte la plus grande des difficultés : traduire cette reconnaissance en actions concrètes.

Et malheureusement, les pays de l’Union européenne, par leur abstention, montrent clairement de quel côté ils se situent. Ce n’est pas un vote contre, mais ce n’est pas non plus un soutien plein et entier : une position intermédiaire qui met en lumière la difficulté à affronter la question de la responsabilité historique et des possibles réparations. Il en ressort une résolution historique, mais aussi profondément clivante, qui rouvre le débat sur le rôle de l’Europe dans l’une des pages les plus dramatiques de l’histoire.
 

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