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Le calendrier de la guerre dépendra peut‑être, en dernier ressort, de la capacité des États‑Unis et de leurs alliés à rouvrir et sécuriser le détroit d’Ormuz.
Dix-sept jours après le début de la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran, la question qui domine à Washington comme sur les marchés mondiaux est simple : quand prendra-t-elle fin ?
Au lancement de la campagne, le président Donald Trump avait indiqué que la guerre devait durer de quatre à cinq semaines. Il a ensuite affirmé à la fois que les objectifs américains étaient déjà très en avance sur le calendrier, mais aussi que le conflit pourrait "durer bien plus longtemps que ça".
Le secrétaire à la Défense américain Pete Hegseth a déclaré que le calendrier dépendait en définitive du président.
"Nous mettrons fin à ce conflit selon notre propre calendrier", a-t-il affirmé, en soulignant que Trump, et Trump seul, déciderait du moment où les objectifs américains auront été atteints.
Les messages de l’administration sont contradictoires. Trump a laissé entendre à plusieurs reprises que la guerre était déjà virtuellement gagnée, alors même que les combats se poursuivent et que l’Iran lance de nouvelles salves de missiles et de drones dans toute la région. Cette tension est particulièrement visible dans le golfe Persique.
Quelques jours à peine après avoir assuré que l’armée iranienne avait été en grande partie détruite, Trump s’est mis à exhorter les gouvernements étrangers à envoyer des navires de guerre pour contribuer à la réouverture du détroit d’Ormuz, ce goulet d’étranglement par lequel transite environ un cinquième du pétrole mondial.
Le président américain a appelé des alliés comme le Royaume-Uni, la France, le Japon et la Corée du Sud, mais aussi la puissance rivale chinoise, à déployer des forces navales pour escorter les navires commerciaux dans ce corridor.
Mais la réponse est demeurée prudente. Les gouvernements européens réclament davantage de clarté sur les objectifs de guerre américains avant d’engager des bâtiments, soulignant l’incertitude qui entoure la stratégie de sortie de Washington.
Dans ce contexte, trois scénarios plausibles se dessinent quant à la manière dont la guerre pourrait se terminer – et à quel horizon :
1. Une guerre courte et un retrait américain rapide
Le premier scénario, et de toute évidence celui que privilégierait l’administration Trump, est celui d’une campagne militaire courte et décisive, suivie d’une déclaration de victoire.
Les forces américaines et israéliennes ont mené des vagues de frappes à travers l’Iran, visant des bases de missiles, des installations navales et des infrastructures militaires. Durant le week-end, les attaques américaines ont également touché des sites liés à l’île de Kharg, principal terminal d’exportation de brut iranien et source cruciale de revenus pour le régime.
Si ces frappes réduisent sensiblement la capacité de l’Iran à menacer la navigation et les alliés régionaux, Trump pourrait soutenir que les objectifs de la guerre ont été, pour l’essentiel, atteints. Le président pourrait alors commencer à réduire les opérations dans les semaines suivantes — potentiellement dès le début du mois d’avril, conformément à son estimation initiale de quatre à cinq semaines.
Mais la réouverture du détroit d’Ormuz pourrait s’avérer bien plus complexe que la campagne de bombardements initiale.
L’Iran dispose encore de mines navales, de drones et de systèmes de missiles capables de menacer les navires dans cette voie étroite. Neutraliser ces menaces pourrait nécessiter des patrouilles navales de longue durée et une coopération internationale — précisément le type de coalition que Trump appelle de ses vœux pour escorter les navires à travers le détroit.
Entre-temps, le conflit se répercute déjà sur les marchés énergétiques mondiaux.
2. Un cessez-le-feu négocié
Un deuxième scénario verrait la guerre se conclure par la voie diplomatique plutôt que par une victoire militaire nette. En dépit des lourdes frappes encaissées, l’Iran conserve un levier grâce à sa capacité à perturber l’approvisionnement énergétique mondial. Environ 20 % des exportations de pétrole de la planète passent par le détroit d’Ormuz, ce qui en fait l’un des points de passage les plus stratégiques au monde.
Ce levier pourrait inciter des puissances extérieures, notamment l’Europe et la Chine, à favoriser des négociations visant à sécuriser les routes maritimes et à réduire le risque d’une guerre plus vaste.
Si la pression diplomatique s’intensifie, le conflit pourrait s’achever par un cessez-le-feu fragile au bout de quelques mois, permettant aux deux camps de reculer tout en revendiquant un succès partiel.
3. Un conflit régional de longue haleine
Le troisième scénario, et le plus inquiétant, est celui d’une confrontation régionale prolongée. L’Iran continue de frapper des États du Golfe et des cibles israéliennes alors même que les frappes américaines s’intensifient. Le conflit a déjà débordé des frontières iraniennes, faisant craindre qu’il ne se transforme en une guerre plus large au Moyen-Orient.
Dans ce scénario, les combats pourraient se prolonger des mois, voire davantage, en particulier si Washington élargit ses objectifs à la paralysie de l’appareil énergétique iranien ou à la déstabilisation du régime.
Les considérations de politique intérieure américaine, à l’approche des élections de mi-mandat, pourraient aussi peser sur cette trajectoire.
Trump n’a guère préparé l’opinion à la guerre en amont, et ses déclarations fluctuantes sur la victoire entretiennent le flou autour de la stratégie de l’exécutif. Dans le même temps, les républicains au Congrès ont, dans l’ensemble, soutenu les pouvoirs de guerre du président — tout en espérant discrètement que le conflit reste de courte durée.
L’histoire plane sur ces calculs. Les succès militaires initiaux des États-Unis en Irak et en Afghanistan se sont finalement transformés en guerres longues qui ont profondément remodelé la politique américaine.
Les retombées économiques pourraient être particulièrement sévères dans le Golfe. Si les flux de pétrole et de gaz à travers Ormuz étaient pratiquement interrompus pendant deux mois, le Qatar et le Koweït pourraient voir leur économie se contracter d’environ 14 % cette année.
L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis s’en sortiraient sans doute un peu mieux, car ils peuvent rediriger une partie de leurs exportations en contournant le détroit. Malgré tout, leurs économies pourraient encore se contracter d’environ 3 % et 5 %, respectivement.
La fin de la guerre pourrait se jouer au détroit d’Ormuz. Le calendrier du conflit pourrait dépendre moins de la dynamique militaire que de la capacité à stabiliser le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz.
Pour Washington, la réouverture du passage constituerait un jalon clair montrant que la capacité de l’Iran à menacer les flux énergétiques mondiaux a été réduite, permettant à Trump de soutenir que la campagne a atteint l’un de ses objectifs centraux. Si les pétroliers peuvent à nouveau traverser le détroit en sécurité, la Maison-Blanche pourrait, de façon crédible, déclarer la victoire et commencer à réduire les opérations.
Un tel dénouement servirait aussi l’objectif stratégique plus large de Trump : réorienter l’effort militaire américain vers l’Asie. La Chine, qui dépend fortement des livraisons de pétrole du Golfe, a d’ailleurs tout intérêt, elle aussi, à maintenir le détroit ouvert.
Mais si l’Iran continue de perturber la navigation à coups de drones, de missiles ou de mines navales, le conflit pourrait devenir beaucoup plus difficile à clore. Éliminer ces menaces pourrait exiger des patrouilles navales prolongées, une coopération internationale et, potentiellement, de nouvelles frappes sur les infrastructures iraniennes.
Cette incertitude explique la volonté croissante de Trump de mobiliser des marines étrangères pour sécuriser le corridor.
(©Newsweek 2026 / Managing Editor : Gabriel Arnaud - The Press Junction / Picture : Picture Alliance - Capital Pictures - RS/MPI)
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