The Press Junction.
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12 mai 2026

Trump a qualifié Cole Allen d’anti‑chrétien

©PA

Selon des experts, le manifeste de Cole Tomas Allen sur la fusillade déformait la théologie chrétienne pour justifier la violence lors du dîner de gala à Washington

Dans un message envoyé à des membres de sa famille quelques minutes avant sa tentative d’intrusion au dîner des correspondants de la Maison-Blanche samedi soir, le suspect Cole Tomas Allen a remercié sa "famille d’Église" et invoqué des traditions théologiques chrétiennes pour justifier la violence qui allait suivre.

"Bonjour à tous", commençait le message. Sur plus de 1 000 mots, Allen mêlait excuses à ses proches, griefs politiques et argumentation religieuse. Il citait constamment les Écritures et soutenait que les chrétiens ont l’obligation morale de résister par la force à une autorité injuste.

Lorsque des coups de feu ont retenti et qu’Allen a été arrêté quelques minutes plus tard, le président Donald Trump a rapidement livré sa propre lecture. Allen, a déclaré le président, était anti‑chrétien, et son manifeste représentait un rejet du christianisme lui‑même.

Les experts consultés par Newsweek contestent cette caractérisation. Une lecture attentive du manifeste d’Allen, expliquent‑ils, révèle une réalité bien plus complexe sur le plan théologique, et bien plus inquiétante : Allen n’était pas anti‑chrétien. Il revendiquait au contraire d’être profondément, sérieusement chrétien, tout en commettant des violences qu’il croyait mener au nom du christianisme.

"Je pense qu’il a abusé du christianisme", estime Christopher Hale, théologien catholique et spécialiste des violences religieuses, "mais l’abus auquel il s’est livré est très particulier et très dangereux."

Allen, enseignant à temps partiel et développeur de jeux vidéo de 31 ans, originaire de Torrance, en Californie, avait des racines profondes dans la communauté chrétienne. De 2013 à 2017, il a été membre actif du Caltech Christian Fellowship (CCF), où il a occupé le poste de coordinateur des grands groupes, animant des discussions sur le Credo des apôtres et le pardon. Son père, Thomas Allen, est ancien dirigeant dans une congrégation rattachée aux United Reformed Churches of North America.

Mais ce sont les arguments théologiques du manifeste d’Allen qui ont le plus inquiété les experts. Allen avançait deux thèses principales, toutes deux puisant dans des traditions chrétiennes identifiables, mais toutes deux déformées pour justifier la violence.

Son premier argument portait sur l’enseignement biblique consistant à "tendre l’autre joue". Allen écrivait que ce principe ne s’applique qu’aux insultes personnelles, et non à l’oppression d’autrui. "Tendre l’autre joue lorsque quelqu’un d’autre est opprimé, c’est se rendre complice des crimes de l’oppresseur", écrivait‑il.

Darrell Cole, professeur d’éthique à l’université Drew et spécialiste de la théorie de la guerre juste, propose une évaluation sensiblement différente. Selon lui, la lecture d’Allen contient un noyau d’enseignement chrétien légitime. "Allen a globalement raison de dire que tendre l’autre joue ne doit pas être compris comme signifiant qu’un chrétien ne devrait rien faire pour un voisin opprimé"
 

Le deuxième argument d’Allen concernait l’injonction de "rendre à César" — l’instruction biblique d’obéir à l’autorité légitime. Il soutenait que les chrétiens n’ont pas à obéir à des ordres illégaux. Lorsque la loi positive viole la loi divine, enseigne la tradition chrétienne, l’obéissance devient optionnelle.

"Son argument selon lequel les ordres illégitimes n’ont pas à être suivis remonte au moins à Thomas d’Aquin", ajoute Cole, précisant que ce principe plonge ses racines dans la philosophie médiévale du droit naturel et a même inspiré la désobéissance civile de Martin Luther King, s’inscrivant profondément dans la pensée chrétienne.

Le manifeste d’Allen s’appuie sur de véritables concepts chrétiens — tendre l’autre joue, l’obligation de résister au mal, les limites de l’autorité de l’État — mais il les invoque d’une manière qui déforme fondamentalement la pensée chrétienne, estime Reggie Williams, professeur associé d’éthique chrétienne à l’université Saint Louis.

"Ce qu’ils avancent, c’est une affirmation culturelle sur la manière dont cette oppression, ou ce type d’altercation, se produirait", analyse Williams. "Tendre l’autre joue, c’est en substance dire : traite‑moi en égal, ou mets fin à l’altercation. C’est une résistance non violente au mal."

"Le pays a fait un usage catastrophique de la théorie de la guerre juste", déplore Williams. "Ce que le pays fait de la guerre juste, c’est la même chose que ce que fait Cole avec la guerre juste : exploiter un grave malentendu. Dans un cas, il s’agit d’une distorsion intentionnelle à des fins politiques."

Pour les théologiens interrogés, une chose demeure claire : Allen n’était pas étranger au christianisme. Il a puisé dans de véritables traditions chrétiennes, les a mal appliquées et a agi en marge des communautés mêmes que ces traditions supposent.

Les autorités indiquent qu’Allen a agi seul. Il tenait des comptes sur les réseaux sociaux, aujourd’hui supprimés, sur lesquels il consommait des contenus religieux en vase clos. 

Les enquêteurs fédéraux poursuivent l’examen du passé d’Allen, de son activité sur les réseaux sociaux et de ses autres écrits. Les autorités l’ont inculpé d’usage d’une arme à feu lors d’un crime violent et d’agression sur un agent fédéral, d’autres chefs d’accusation restant possibles.
 

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