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L’objectif de l’administration Trump est la neutralisation de l’Iran en tant que menace active et permanente pour les États-Unis
Six jours après le lancement de l’opération Fureur Épique, le président Trump a annoncé sur TRUTH Social que dans le contexte de la campagne militaire conjointe américano-israélienne en cours contre la République islamique d’Iran : "Il n’y aura aucun accord avec l’Iran, sauf CAPITULATION SANS CONDITIONS !"
Dans le même message, le président semblait assimiler cette "capitulation sans conditions" à "la désignation d’un DIRIGEANT GRAND & ACCEPTABLE" pour diriger l’Iran, ce qui permettrait au pays de revenir du "bord de la destruction" et d’en ressortir "plus fort que jamais".
Trump, s’exprimant le 9 mars en Floride, a aussi affirmé que la fin de la guerre surviendrait "très bientôt". On peut pardonner à quiconque de se sentir un peu déboussolé — d’autant que plus tôt dans la même journée, Trump avait déclaré sur Fox News qu’il n’était "pas satisfait" de la désignation par l’Iran d’un nouveau guide suprême, Mojtaba Khamenei.
Trump est un nationaliste conservateur, ce qui signifie que sa conception générale de la politique étrangère comme ses "incursions" plus spécifiques sur la scène internationale sont guidées par sa vision de ce qui sert le mieux l’intérêt national américain. En conséquence, depuis le début de l’opération Fureur Épique, les points presse du Pentagone tenus par le secrétaire à la Guerre, Pete Hegseth, et le chef d’état-major interarmées, Dan Caine, mettent régulièrement en avant des indicateurs empiriques pour mesurer le succès : nombre de bâtiments de la marine iranienne coulés, d’avions de l’armée de l’air iranienne abattus, de silos et de sites de lancement de missiles balistiques iraniens détruits, etc.
Trump ne l’a pas dit explicitement, mais l’objectif de l’administration Trump — et donc sa définition de la victoire — dans l’opération Fureur Épique semble assez clair : la neutralisation de l’Iran en tant que menace active et permanente pour les États-Unis et ses intérêts. À tout le moins, c’est ainsi que la victoire dans la campagne actuelle devrait être définie.
Cela soulève toutefois au moins une question pressante, surtout dans le contexte de l’appel lancé au peuple iranien par le prince héritier exilé Reza Pahlavi à se préparer pour "la phase décisive de notre lutte finale" : où se situe dans ce puzzle cet objectif de politique étrangère parmi les plus controversés, le "changement de régime" ?
À ce stade de la campagne, il est incontesté que le renversement complet du régime est l’issue la plus souhaitable. Poursuivre le changement de régime comme un objectif en soi est aujourd’hui souvent décrié, à la suite des fiascos néoconservateurs du début de ce siècle. Mais il devrait aller de soi qu’il existe des régimes étrangers dont le comportement sert l’intérêt national américain, et d’autres dont le comportement lui est contraire. Il est naturel et logique que nous souhaitions voir ces derniers profondément réformés ou purement et simplement remplacés — en particulier lorsque la population locale est en première ligne.
Plus encore : on n’élimine pas un despote au pouvoir depuis 37 ans comme Ali Khamenei, comme l’ont fait les armées américaine et israélienne dans les premières heures de l’opération en cours, sans espérer un véritable changement de régime. En réalité, tous les gens de bonne volonté devraient souhaiter cette issue : que le peuple iranien se lève comme des lions, brise une fois pour toutes le joug de la tyrannie et offre ainsi une victoire tant attendue à l’intérêt national américain.
Mais il est tout à fait possible qu’un changement de régime à grande échelle ne se produise pas. Les Iraniens viennent d’assister au massacre brutal, par balles, de dizaines de milliers de leurs compatriotes lors des soulèvements anti-régime de la fin décembre et du début janvier. Ils sont une population non armée face aux sbires du régime, dignes des années 1930, que sont les Gardiens de la révolution islamique et les miliciens Bassidj.
Tout cela soulève donc une dernière question : peut-on remporter la victoire dans l’opération Fureur Épique, et neutraliser le régime iranien en tant que menace pour les États-Unis et nos intérêts, s’il n’y a pas de changement de régime à grande échelle à Téhéran ?
En théorie, la réponse est oui. Le Venezuela fournit un modèle. Mais en pratique, la réponse est plus ambiguë.
En théorie, un dispositif analogue est possible avec un régime iranien décimé et châtié. Et certains experts prédisent qu’un tel arrangement caractérisera le régime iranien d’ici un an ou deux. En pratique, cependant, demeure le problème épineux qui frustre et déconcerte les Occidentaux depuis des décennies lorsqu’ils tentent de raisonner avec des islamistes zélés : les musulmans radicaux, aspirant aux 72 vierges au paradis, ne craignent pas la mort. Une socialiste comme Delcy Rodriguez peut, au bout du compte, être raisonnable ; un islamiste comme Mojtaba Khamenei (ou son successeur), probablement pas.
La solution la plus nette au bourbier iranien à ce stade précis — et celle qui répond le plus clairement au critère de victoire de Trump, la "capitulation sans conditions" — reste en effet un changement de régime à grande échelle.
(©Newsweek 2026 / Managing Editor : Gabriel Arnaud - The Press Junction / Picture : Picture Alliance - Anadolu - Celal Gunes)
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