À Londres, une fontaine aux statues qui "vomissent" dénonce le scandale des eaux usées
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Au cœur de la South Bank de Londres, à Observation Point, est apparue une fontaine d’un genre nouveau : elle ne célèbre ni héros ni mythes classiques. Ses statues – hommes, femmes et enfants – semblent vomir une eau brunâtre et trouble. L’impact visuel est immédiat, presque dérangeant. Et c’est précisément l’effet recherché.
L’installation s’appelle “The Fountain of Filth” ("La Fontaine de la souillure") et a été réalisée pour le lancement de Dirty Business, la nouvelle série de Channel 4 inspirée de faits réels. Plus qu'une simple opération promotionnelle, il s’agit d’une intervention urbaine qui détourne un symbole architectural traditionnel en réquisitoire direct contre le scandale des eaux usées au Royaume-Uni.
De la fiction à la dénonciation publique
Cette structure de 10 mètres de large, exposée du 23 au 25 février, revisite l’esthétique des fontaines monumentales dans un style contemporain. À la place de jets d’eau limpides, un flux sombre évoque visuellement les rejets non traités qui, ces dernières années, ont alimenté polémiques et mouvements de protestation.
Les visages des statues sont loin d’être anonymes. Certains ont été créés à partir de scans 3D de véritables militants, parmi lesquels la surfeuse et ancienne championne nationale Sophie Hellyer et la journaliste Ella Foote. Leurs expériences, liées à des expositions à des eaux contaminées, ont inspiré ces figures sculptées. La maladie, le malaise et l’indignation deviennent une présence physique et visible dans l’espace public.
Le pouvoir au sommet, les citoyens en bas
Au sommet de la fontaine trône un homme en costume élégant, les poches et la mallette débordant de billets. C’est la métaphore la plus explicite de l’œuvre : tandis qu’à la base les corps subissent les conséquences sanitaires, le pouvoir économique siège au sommet, accusé de privilégier le profit au détriment des investissements dans les infrastructures.
Le contraste est saisissant et pensé pour susciter le débat. Ici, l’art n’est pas décoration, mais déclaration politique. L’objectif affiché de 4Creative, l’agence créative interne de Channel 4, est de transformer un objet familier en un sujet de conversation nationale.
Au-delà de la fontaine : une campagne à grande échelle
Une plaque avec QR code invite les passants à découvrir "la vérité qui dérange" derrière le scandale, les renvoyant à des témoignages et à des contenus liés à la série, diffusée à partir du 23 février sur trois soirées consécutives. Le projet s’inscrit dans une stratégie plus large : camions publicitaires stationnés devant les sièges des compagnies des eaux avec des messages percutants, et actions sur les plages touchées par les rejets.
Ainsi, la promotion télévisuelle se mue en levier de pression publique. La fontaine ne se contente pas de marquer les esprits par son image choc. Elle rend tangible un problème largement invisible, le plaçant au cœur de la ville et du débat public. À Londres, pendant quelques jours, l’eau n’a pas jailli vers le ciel. Elle a contraint tout le monde à baisser les yeux vers la réalité.
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