Aux Jeux olympiques d’hiver de Milan-Cortina, il existe une discipline qui ne décerne aucune médaille, mais qui attire l’attention, les likes et la curiosité : le tricot. Entre deux épreuves, de plus en plus d’athlètes ont été aperçus en train d’entrelacer laine et silence, transformant ce passe-temps en véritable stratégie de gestion mentale.
On l’appelle la "knitting therapy" : une pratique informelle, mais de plus en plus répandue, qui s’appuie sur des mouvements répétitifs et une attention focalisée pour réduire le stress et tenir à distance l’angoisse de la performance. Dans un contexte olympique où chaque détail compte, se concentrer sur un motif de tricot devient une façon de ralentir le chaos sans éteindre la concentration. Ce n’est pas une fuite, c’est du contrôle.
D’un phénomène viral à un rituel olympique
À l’origine de ce phénomène, il y a le plongeur britannique Tom Daley, photographié en tribune avec aiguilles et pelotes dès Tokyo 2020, puis Paris 2024. Ces images ont fait le tour du monde, transformant un loisir personnel en symbole de normalité et de résistance émotionnelle. Aujourd’hui, à Milan-Cortina, ce geste est presque devenu un langage collectif.
Le cas Ben Ogden
Parmi les visages les plus emblématiques figure l’Américain Ben Ogden, grande révélation du ski de fond. En Val di Fiemme, il a décroché une médaille d’argent historique en sprint, mettant fin à une disette américaine qui aura duré cinquante ans. Le dernier à y être parvenu était Bill Koch en 1976. Et lorsque les interviews ont commencé, Ogden n’a pas parlé musique ou séries télé : il a parlé de tricot. Après la course, le corps encore chargé d’adrénaline, il a expliqué que, pour retrouver son équilibre, il allait se replonger dans ses différents ouvrages : pulls déjà terminés, gants inspirés de Jeanne d’Arc, et toute cette laine qui l’attend.
Adam Runnalls : un rituel contre la pression olympique
Et il n’est pas le seul. Adam Runnalls, biathlète canadien, une fois les séances de tir terminées, remplace lui aussi le fusil par des aiguilles à tricoter et des pelotes afin de retrouver concentration et équilibre pendant une période aussi stressante que les Jeux. Runnalls, 27 ans, a découvert le tricot comme outil de préparation mentale sur les conseils de son entraîneur.
Depuis décembre, bonnets et pulls ont commencé à prendre forme entre les entraînements et les stages préolympiques. Pour lui, le tricot est devenu bien plus qu’un hobby : il lui permet de ralentir le rythme sans perdre de vue son sport. Un détail qui a aussi frappé les internautes : en quelques jours, le compte Instagram de l’athlète est passé de tout juste 1 500 à plus de 10 000 abonnés.
Ce succès ne tient pas qu’à la curiosité. Adam Runnalls occupe un terrain commun entre deux mondes qui, en apparence, n’ont rien à voir : celui des passionnés de sport et celui des “knitters”. Sa présence a relancé le débat sur la représentation masculine dans un univers souvent stéréotypé, en montrant que même un athlète olympique peut puiser de la force dans une activité manuelle lente et répétitive.
En biathlon, discipline extrême qui combine ski de fond et tir de précision, la capacité à faire redescendre son rythme cardiaque en quelques secondes est décisive. C’est précisément cette transition du mouvement à l’immobilité que Runnalls travaille. Il tricote même sur son vélo d’appartement, transformant la phase de récupération en exercice de concentration continue. Ce n’est pas un hasard s’il explique que le tricot lui permet de “s’asseoir” tout en restant mentalement actif.
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