En Iran, la répression sanglante des ayatollah ne faiblit pas, pas plus que le black-out numérique, entamé le 8 janvier dernier et qui pourrait se prolonger pendant des mois. Les autorités du régime ont en effet annoncé leur intention de prolonger le blocage d’Internet jusqu’au Nowruz, le Nouvel An persan, qui tombe le 20 mars.
Il est faux d’affirmer que le massacre des manifestants (dont beaucoup très jeunes) a cessé, comme Donald Trump l’avait laissé entendre ces derniers jours. C’est le propre guide suprême de la République islamique, Ali Khamenei, qui a reconnu le massacre en cours, expliquant que des milliers de personnes ont été tuées lors des manifestations, en soulignant que certaines exécutions ont eu lieu "de manière inhumaine et brutale".
Selon un rapport fourni par des médecins en Iran, au moins 16 500 manifestants auraient été tués, tandis que l’on compterait environ 330 000 blessés. Le peuple iranien – descendu dans la rue pour faire entendre sa voix contre une grave crise économique et un régime impitoyable – continue de rester isolé.
Seules quelques personnes parviennent de temps à autre à se connecter avant que la connexion Internet ne soit à nouveau coupée. Et, dans ces rares instants, circulent des vidéos terrifiantes qui montrent toute l’inhumanité du régime théocratique qui opprime l’Iran depuis près d’un demi-siècle, en particulier celles qui naissent femmes.
Dans les hôpitaux, les forces de sécurité enlèvent les manifestants blessés qui se présentent pour être soignés. Elles les emmènent et les tuent, souvent par balles, nous raconte une jeune Iranienne qui vit en Italie et reçoit quelques nouvelles sporadiques de ceux qui sont restés au pays. Si vous faites attention, dans les vidéos qui arrivent d’Iran, on voit des corps qui ont encore les autocollants des électrodes sur la poitrine, des cathéters, des signes évidents de soins médicaux en cours. Cela signifie qu’ils ont été pris directement dans les hôpitaux. Parmi les images qui circulent et qui montrent des cadavres dans des sacs, on ne voit presque jamais ceux des femmes et des filles. On ne sait pas ce que sont devenus leurs corps, où ils ont été emmenés, où ils sont détenus ni ce qu’on leur fait.
Il n’y a pas de paix pour les citoyens iraniens, même après la mort. Pour récupérer le corps d’un proche tué, les familles doivent payer. Et à celles qui refusent, non seulement on nie la restitution du cadavre, mais ce n’est pas tout.
Le régime oblige les familles à falsifier la cause du décès afin de nier qu’il a tué des manifestants. Lorsqu’elles vont récupérer le corps, elles doivent choisir entre deux versions officielles, toutes deux fausses. La première option consiste à déclarer que le fils ou la personne en question était membre du Basij, une milice du régime utilisée pour réprimer les manifestations. Ainsi, la victime devient un "martyr" du système et l’État s’auto-amnistie. La deuxième possibilité est de signer en affirmant que la victime a été tuée par des inconnus et de demander la qisas (peine de représailles). Cela sert à faire croire que la mort est l’œuvre de criminels ou de saboteurs, et non des forces de sécurité, et à nier la légitimité des manifestations.
(GA/©Greenme.it/Traduction et adaptation : The Press Junction/Pic : Picture Alliance/Photoshot)
