The Press Junction.
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12 mai 2026

Ces deux amis, l’un aveugle et l’autre sans bras, plantent plus de 10 000 arbres et créent une forêt

©chen zy via Unsplash

Dans le Nord-Est de la Chine, dans le petit village de Yeli, il existait autrefois une berge nue, balayée par le vent et ravagée par les crues du fleuve. Aujourd’hui, cette même bande de terre est couverte de milliers d’arbres. Ce n’est ni la machinerie lourde ni de grands investissements qui ont changé le paysage, mais deux hommes lourdement handicapés qui ont décidé de travailler ensemble.

Ils s’appellent Jia Haixia et Jia Wenqi. Le premier a perdu complètement la vue en 2000, après un accident d’usine qui a endommagé son seul œil valide. Le second vit sans bras depuis l’âge de trois ans, suite à une décharge électrique à haute tension. Camarades de classe et amis d’enfance, ils se sont retrouvés, à l’âge adulte, partageant une situation très difficile et de maigres perspectives d’emploi.

“Je suis ses mains, il est mes yeux”

Face aux difficultés de leur pays, ils n’ont pas choisi la résignation. Ils ont loué huit hectares de terrain au gouvernement local avec un objectif précis : planter des arbres pour protéger le village des inondations et, à terme, dégager un petit revenu. L’accord prévoyait que les arbres qu’ils planteraient deviendraient leur propriété.

Chaque jour, ils empruntent le même chemin. Wenqi ouvre la voie à travers le bois, tandis que Haixia tient la manche vide de la veste de son ami pour s’orienter. Lorsqu’ils doivent traverser la rivière, l’homme aveugle monte sur les épaules de son compagnon pour ne pas être emporté par le courant. “Je suis ses mains, il est mes yeux”, répètent-ils souvent. Ce n’est pas une formule symbolique, mais la description exacte de leur manière de travailler.

Dix mille arbres et un pari gagné

Au début, personne ne croyait en leur projet. La première année, presque toutes les jeunes pousses ont péri à cause de la sécheresse. Mais les deux amis n’ont jamais abandonné. Pour prélever des boutures sur les arbres les plus hauts, Wenqi se baisse et permet à son ami de grimper sur ses épaules. Un équilibre fondé sur une confiance absolue.

Plus de dix ans plus tard, le résultat saute aux yeux : environ 10 000 arbres ont survécu, quelque 3 000 n’y sont pas parvenus. La zone, autrefois aride, attire aujourd’hui les oiseaux et la faune sauvage et constitue une barrière naturelle contre les crues. Les villageois, sceptiques dans un premier temps, les aident désormais avec des outils, de l’eau et de nouveaux plants. Leur histoire ne parle pas de miracles. Elle raconte un travail de tous les jours, une collaboration concrète et la façon dont deux limites, une fois unies, peuvent devenir une force capable de redessiner tout un paysage.

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