The Press Junction.
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12 mai 2026

Combien de temps les États du Golfe vont-ils être victimes de la guerre contre l’Iran?

©Unsplash

Alors que le président Donald Trump poursuit une campagne militaire conjointe avec Israël contre l’Iran, ses autres principaux partenaires au Moyen-Orient encaissent le gros des frappes de la République islamique. 

Ils s’inquiètent de plus en plus du manque de clarté autour du plan de guerre de la Maison-Blanche, ainsi que d’une perception de la défense et des intérêts d’Israël comme étant prioritaires par rapport aux leurs.

Situés juste en face de l’Iran, de l’autre côté du golfe Persique, les six États arabes du Conseil de coopération du Golfe  — Bahreïn, le Koweït, Oman, le Qatar, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis  — ont essuyé des centaines de frappes de missiles et de drones iraniens.

Malgré un taux d’interception spectaculaire, des impacts et des dégâts importants ont été signalés sur des bases militaires américaines et de pays hôtes, des sites pétroliers et gaziers ainsi que sur des infrastructures civiles, notamment des aéroports, des ports, des hôtels et des immeubles résidentiels.

Les salves iraniennes montrent peu de signes de ralentissement et la République islamique, potentiellement galvanisée par la désignation du nouveau Guide suprême Mojtaba Khamenei comme successeur de son père assassiné, n’a fait que durcir sa rhétorique visant à "faire payer le prix fort" du conflit, tandis que les messages de Donald Trump oscillent entre l’escalade des frappes et l’annonce d’une fin proche de la guerre.

Avec l’avenir de la péninsule Arabique — jusqu’ici largement prospère — en jeu, et des implications mondiales à la clé, Newsweek s’est entretenu avec des analystes originaires de ces  six pays, en quête de réponses sur un conflit mené par les États-Unis et Israël que leurs gouvernements s’étaient employés à éviter dès le départ.

"Parler de confusion est un euphémisme. Nous n’avions encore jamais vu un tel niveau de flou, de contradictions, et cela traduit une administration qui ne mesure pas réellement le type de campagne dans laquelle elle s’est engagée", explique Bader Al-Saif, professeur assistant à l’Université du Koweït et chercheur associé au programme Moyen-Orient et Afrique du Nord de Chatham House.

"On a vu les répercussions sur les prix de l’énergie ces deux derniers jours. Il a fallu une déclaration de Trump promettant une guerre rapide pour calmer le jeu. Combien de temps cela va-t-il durer ? Aucune idée."

Si l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis avaient déjà été visés ponctuellement par Ansar Allah, le mouvement yéménite aligné sur l’Iran (également connu sous le nom de houthis), lors des premières phases de la guerre civile qui a éclaté au Yémen en 2014 — et si le Koweït avait été directement envahi par l’Irak de Saddam Hussein au début de la première guerre du Golfe, au début des années 1990 —, la réputation dominante de la région restait celle d’un havre de paix et de sécurité. Combinée à d’importantes richesses pétrolières, cette image a favorisé l’essor du CCG en tant que hub en plein développement pour les affaires et le tourisme au cours des dernières décennies.

"Les secteurs du tourisme et de l’aviation — deux piliers de la transformation économique du Golfe — ont été touchés de plein fouet", explique Abdulaziz Al-Khamis, journaliste et chercheur saoudien de premier plan.

Un interlocuteur saoudien, s’exprimant sous couvert d’anonymat, a résumé à Newsweek la position officielle de Riyad en ces termes : "Le Royaume d’Arabie saoudite maintient des canaux de communication ouverts et actifs avec les États-Unis à tous les niveaux de gouvernement, et ce dialogue se poursuit."

"Tout au long de cette période, le Royaume a constamment plaidé pour des solutions diplomatiques aux défis de sécurité régionale, y compris le conflit actuel", a ajouté cette source saoudienne.

Des frictions géopolitiques émergent également du conflit, car, en dépit du déploiement de moyens américains pour défendre ces États, les soupçons se renforcent quant au fait qu’Israël serait prioritaire aux yeux de l’administration Trump.

"Je pense qu’il existe une frustration réelle et croissante dans certaines capitales arabes, non pas parce que l’on s’attend à un alignement complet des mécanismes de défense entre Israël et les États arabes, mais parce que la différence en termes de clarté, de rapidité et de messages politiques est devenue flagrante", explique Al-Khamis.

"Les priorités de la campagne militaire étaient évidentes, et elles n’étaient pas différentes de celles des deux précédents échanges de frappes entre l’Iran et Israël", explique Mohammed Baharoon, directeur général du Dubai Public Policy Research Center. 

Pour Mahdi Ghuloom, chercheur bahreïni et junior fellow en géopolitique à l’Observer Research Foundation Middle East à Dubaï, "il existe un risque perçu que Trump mette fin à la guerre et laisse le Golfe davantage exposé aux menaces iraniennes, ce qui explique en partie la décision du CCG de ne pas rejoindre directement le conflit pour l’instant. Trump s’est révélé être un acteur que personne ne connaît vraiment bien, et l’on peut s’attendre à des frustrations vis-à-vis de son administration, même si cela n’ira pas jusqu’à remettre en cause les liens stratégiques avec les États-Unis."

"Les États du Golfe attachent de la valeur à leurs partenariats stratégiques avec les États-Unis et reconnaissent leur engagement durable en faveur de la sécurité régionale", affirme un conseiller en sécurité du Golfe, sous couvert d’anonymat. 

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