The Press Junction.
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12 mai 2026

Coup dur pour le camp MAGA : le "Trump européen" battu en Hongrie

©picture alliance / NurPhoto | Nicolas Economou

Le dirigeant historique de la Hongrie, Viktor Orbán, a perdu le 12 avril les élections législatives, un scrutin suivi de très près. C’est un revers cinglant pour cet allié indéfectible du président Donald Trump, malgré le soutien appuyé de hauts responsables américains avant le vote.

Viktor Orbán a reconnu sa défaite face à Péter Magyar, un ancien membre de son propre parti populiste d’extrême droite, le Fidesz.

Péter Magyar, principal adversaire politique d’Orbán et chef de Tisza, une alternative conservatrice mais pro‑européenne au Fidesz, avait pris l’avantage dans les sondages en dépit du soutien massif dont bénéficiait Orbán de la part de Donald Trump et de dirigeants d’extrême droite à travers le monde. Les plateformes de paris jugeaient déjà une victoire d’Orbán peu probable.

Le vice‑président JD Vance avait promis d’“aider” Orbán à gagner lors d’une visite à Budapest cette semaine, tandis que le secrétaire d’État Marco Rubio, en déplacement dans la capitale hongroise en février, lui avait assuré : “Trump est profondément attaché à votre succès.”

Le 10 avril, peu avant les élections, le président lui‑même avait promis un soutien économique à la Hongrie si Viktor Orbán revenait au pouvoir.

M. Magyar avait fait campagne sur la lutte contre la corruption, en se concentrant sur les questions intérieures, comme l’économie, dans l’espoir d’empêcher une cinquième victoire électorale d’Orbán.

La "démocratie illibérale" qu’Orbán revendique, expression devenue synonyme d’un État démocratique aux principes libéraux fragilisés, avec des médias indépendants  et une justice affaiblis, fait depuis longtemps figure de modèle pour le programme Make America Great Again (MAGA) de Donald Trump.

Steve Bannon, l’un des premiers architectes de MAGA, avait déjà décrit le dirigeant hongrois comme le "Trump avant Trump".

Viktor Orbán s’est posé en rempart chrétien contre les valeurs progressistes et le "wokisme", hostile aux droits des personnes LGBTQ+, à l’Union européenne et à l’Ukraine, tout en maintenant un canal de communication ouvert avec le Kremlin. À l’instar des autres grandes figures de l’extrême droite européenne, il a adopté une ligne résolument anti‑immigration, qui trouve un écho favorable à la Maison‑Blanche.

Budapest a semblé en grande partie épargnée par les critiques acerbes adressées par l’administration Trump à l’Europe, critiques qui ont creusé un fossé entre les États‑Unis et nombre de leurs alliés sur le continent.

La Maison‑Blanche a, à maintes reprises, reproché aux membres européens de l’OTAN d’avoir trop peu investi dans leur défense pendant des décennies, les accusant de trop compter sur les forces américaines pour les protéger, y compris face à une éventuelle attaque russe.

Si de nombreux responsables européens reconnaissent que la plupart des pays du continent doivent dépenser davantage pour la défense afin d’alléger le fardeau pesant sur l’armée américaine, les accusations de Washington selon lesquelles l’Europe censurerait la liberté d’expression et serait au bord de perdre ses "identités nationales" ont été très mal accueillies.

La Stratégie de sécurité nationale 2025 de l’administration, document clé qui définit la ligne du gouvernement en matière de politique étrangère, affirmait que l’Europe était menacée d’un "effacement civilisationnel" et affichait explicitement son soutien aux candidats et partis de droite en lice pour le pouvoir.

Plusieurs dirigeants européens ont vivement réagi à la publication de ce document fin novembre, et notamment le chancelier allemand Friedrich Merz, qui avait qualifié certains passages de cette feuille de route d’"inacceptables".

La volonté américaine de prendre le contrôle du Groenland, territoire relevant d’un autre membre de l’OTAN, le Danemark, a un peu plus égratigné les relations avec certains des alliés les plus proches de Washington.

En outre, la réticence de l’OTAN à rejoindre les États‑Unis et Is.raël dans leur guerre contre l’Iran, qui entre désormais dans sa septième semaine, n’a fait qu’intensifier les tensions.

Le flot de soutiens de la Maison‑Blanche en faveur d’Orbán n’a pas faibli à l’approche du scrutin en Hongrie. “Nous espérons que vous voterez pour l’ami et allié de mon père”, a lancé Donald Trump Jr., fils aîné du président, dans un message publié sur les réseaux sociaux dans la nuit de samedi à dimanche. Faisant visiblement allusion à la dégradation des relations entre Washington et les grands pays européens, il a ajouté : “Un seul dirigeant en Europe dispose d’une ligne directe avec la Maison‑Blanche.”

Cette défaite porte un coup dur à la politique de droite radicale que l’administration Trump espérait renforcer en Europe.

Avant l’ouverture des bureaux de vote, Ivan Krastev, président du Center for Liberal Strategies à Sofia, en Bulgarie, avait déclaré sur CNN qu’une défaite d’Orbán aurait "un impact psychologique immense" et entamerait la perception de la force de l’extrême droite.

Plus des deux tiers des électeurs inscrits avaient déjà déposé leur bulletin à 15 heures, heure locale, soit une hausse spectaculaire par rapport à la participation lors des législatives de 2022.

Avant l’annonce des résultats, Péter Magyar a déclaré que ces chiffres de participation “montrent clairement ce que nous savons depuis le début”, ajoutant que le vote de dimanche “entrera dans les livres d’histoire de la Hongrie”.

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