The Press Junction.
The Press Junction.
12 mai 2026

Des animaux sauvages tués au nom de la superstition

©Unsplash

Ce 3 mars, on célèbre le World Wildlife Day, la Journée mondiale de la vie sauvage. Plus de 4 000 espèces animales et végétales dans le monde sont victimes de trafics illégaux. 

Le commerce illicite de faune et de flore touche 162 pays et concerne des espèces emblématiques comme les pangolins, éléphants, rhinocéros, crocodiles, perroquets, orchidées ou encore des bois précieux, générant des profits estimés à plus de 20 milliards de dollars par an.

Un rapport souligne que ces crimes sapent la stabilité des écosystèmes, aggravent la crise climatique, réduisent les ressources essentielles et compromettent la sécurité collective, montrant que la destruction de la nature n’est plus seulement la conséquence de modèles économiques non durables, mais résulte souvent d’activités illégales organisées et intégrées à des réseaux criminels internationaux.

Des techniques sophistiquées, allant des appeaux électroniques au vol de petits dans les nids, sont employées systématiquement pour alimenter les marchés nationaux et internationaux. Le trafic de faune exotique ajoute encore d’autres dangers : tortues, oiseaux d’ornement, reptiles tropicaux et petits primates finissent dans les circuits illégaux.

Le recours à des appâts empoisonnés et les incendies volontaires constituent d’autres armes tournées contre la faune et les écosystèmes. Les empoisonnements touchent prédateurs et animaux domestiques, mais provoquent des effets en cascade sur l’ensemble de la chaîne alimentaire, mettant aussi en péril la santé humaine. 

Mais parmi les causes de ce phénomène, il n’y a pas que les réseaux criminels et les affaires de plusieurs milliards : superstitions, peurs ancestrales et pseudo-science tuent elles aussi. À côté des trafics organisés, il existe en effet un front moins visible mais tout aussi dévastateur : celui des croyances qui transforment des animaux essentiels aux écosystèmes en cibles à abattre.

Les chauves-souris comptent parmi les victimes les plus emblématiques. Associées aux épidémies ou à des forces obscures, elles sont, dans de nombreuses régions du monde, massacrées sur la base de convictions sans aucun fondement scientifique. Et pourtant, leur rôle dans l’action de pollinisation et la régulation des insectes est crucial pour l’équilibre naturel. 

Même sort pour les serpents, souvent tués indistinctement, même lorsqu’ils ne sont pas venimeux, ainsi que pour les hiboux et les chouettes, associés dans certaines cultures à la sorcellerie. Lors de crises sanitaires ou sociales, la recherche d’un "bouc émissaire" naturel accélère ces persécutions, transformant la désinformation en une menace bien réelle pour la biodiversité.

Le cas des pangolins est l’un des plus dramatiques : ils figurent aujourd’hui parmi les mammifères les plus trafiqués au monde. Leurs écailles sont utilisées dans des pratiques de médecine traditionnelle sans aucune validation clinique. Il en va de même pour la corne de rhinocéros ou les os de tigre, alimentant des marchés illégaux. Ce n’est pas du folklore inoffensif. Lorsque ces pratiques se traduisent par la capture, la mise à mort ou le commerce d’espèces protégées, elles deviennent de véritables crimes environnementaux. Un système qui prospère là où font défaut l’accès à l’information, des contrôles efficaces et des alternatives durables.

Lutter contre ces phénomènes ne signifie pas attaquer des traditions culturelles, mais promouvoir un dialogue fondé sur des données scientifiques. L’éducation à l’environnement et le renforcement de l’esprit critique sont des outils de prévention aussi puissants que les lois. Là où la prise de conscience progresse, l’espace accordé aux peurs irrationnelles et aux marchés illégaux se réduit. En cette journée dédiée à la vie sauvage, le message est clair : protéger les animaux, c’est aussi combattre l’ignorance qui les condamne. Car chaque espèce éliminée au nom d’un mythe infondé est une perte que nous payons tous, en termes d’équilibre, de climat et d’avenir.
 

Partager: