The Press Junction.
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12 mai 2026

Des pays rejettent l’exigence de Trump pour débloquer le détroit d'Ormuz

©Unsplash

Un allié de l’OTAN y voit un "chantage", d’autant que les États‑Unis eux‑mêmes refusent de s’engager à fournir une escorte navale.

Le président Donald Trump a appelé plusieurs pays à envoyer des navires pour contribuer à débloquer le détroit d’Ormuz – une requête rejetée jusqu’ici par l’Allemagne, la Chine, le Japon et l’Australie, et accueillie avec réticence par d’autres alliés traditionnels des États‑Unis.

Samedi, Trump a déclaré sur les réseaux sociaux : "J’espère que la Chine, la France, le Japon, la Corée du Sud, le Royaume‑Uni et d’autres pays touchés par cette contrainte artificielle enverront des navires dans la région afin que le détroit d’Ormuz ne soit plus une menace de la part d’un pays qui a été totalement décapité."

Il a également confié au Financial Times que les pays recevant du pétrole via le détroit devaient aider à "s’assurer qu’il ne s’y passe rien de grave" après que l’Iran a bloqué la voie maritime en riposte aux frappes américaines et israéliennes.

Lundi, de nombreux membres de la coalition ont répondu par la négative.

"Ce n’est pas notre guerre, nous ne l’avons pas commencée", a déclaré le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius. 
Il a ajouté "Qu’est‑ce que… Trump attend de quelques frégates européennes que la puissante marine américaine ne peut pas faire ?

Le vice‑premier ministre luxembourgeois, Xavier Bettel, a déclaré que son pays ne céderait pas au "chantage" de Trump. Il a affirmé que le Luxembourg était "prêt à se rendre utile. Mais ne nous demandez pas d’envoyer des troupes et du matériel."

L’administration Trump elle‑même a refusé pour l’instant de s’engager à déployer des moyens navals dans la voie maritime où au moins 20 navires commerciaux ont été attaqués par l’Iran la semaine dernière.

Dans un premier temps, le président et ses responsables avaient indiqué qu’ils pourraient envoyer une escorte navale pour protéger les pétroliers transitant par le détroit. Ils avaient aussi affirmé avoir détruit 16 navires poseurs de mines iraniens après des informations selon lesquelles Téhéran pourrait mouiller des explosifs marins pour renforcer le blocage de cette voie pétrolière cruciale.

Mais le secrétaire à l’énergie américain, Chris Wright, a reconnu la semaine dernière que les États‑Unis n’étaient pas encore prêts à monter une telle opération de protection navale. 

Le Premier ministre britannique, Keir Starmer, a déclaré lundi que le Royaume‑Uni travaillait avec ses alliés à un plan pour rouvrir le détroit, mais qu’il ne se laisserait pas entraîner dans une guerre plus vaste. Le chef du gouvernement a évoqué lundi la possibilité d’utiliser des drones chasseurs de mines que le Royaume‑Uni possède déjà dans la région, mais il est peu probable que Londres dépêche un navire de guerre.

Starmer s’est entretenu avec le Premier ministre canadien, Mark Carney, des conséquences de la fermeture prolongée du détroit sur la crise énergétique.

Trump a reproché à Starmer son manque supposé de soutien à la guerre, après que ce dernier a d’abord refusé d’autoriser les États‑Unis à utiliser des bases britanniques pour frapper l’Iran.

Le Royaume‑Uni a depuis accordé aux Américains l’accès à certaines bases et a envoyé des navires vers Chypre après l’attaque, dans les premiers jours de la guerre, de sa base militaire sur l’île.

Tout en ayant déployé ces moyens défensifs, Starmer a indiqué qu’il n’enverrait pas de navire de guerre dans le détroit d’Ormuz.

Avant une réunion des ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne, la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, a déclaré que Bruxelles envisageait deux types de missions navales pour contribuer à la réouverture du détroit d’Ormuz.

Elle a indiqué que l’UE pourrait étendre sa mission navale Aspides, chargée de protéger la navigation en mer Rouge, jusqu’au golfe Persique, ou former une "coalition de volontaires" regroupant des pays prêts à apporter des moyens militaires.

Le ministre italien des Affaires étrangères, Antonio Tajani, a déclaré que Rome soutenait le renforcement des missions navales de l’UE en mer Rouge, mais a ajouté :  "Je ne pense pas que ces missions puissent être élargies au détroit d’Ormuz, d’autant qu’il s’agit de missions antipiraterie et défensives."

Parmi les pays non membres de l’OTAN, la Chine a balayé l’appel du président américain Donald Trump demandant aux États dotés de marines puissantes de déployer des navires de guerre.

La Chine, partenaire diplomatique clé de l’Iran et principal acheteur de son pétrole brut, a condamné à plusieurs reprises l’offensive américano‑israélienne, qui a fait plus de 1 400 morts en Iran, selon les autorités locales.

Catherine King, membre du cabinet du Premier ministre australien Anthony Albanese, a déclaré qu’en ce qui concerne Canberra, l’envoi de navires pour contribuer à la réouverture du détroit d’Ormuz "n’est pas quelque chose qu’on nous a demandé ni quelque chose auquel nous contribuons".

Enfin, la Première ministre japonaise, Sanae Takaichi, a également indiqué que Tokyo n’envisageait pas pour l’instant de déployer des bâtiments de guerre pour escorter des navires au Moyen‑Orient, tout en ajoutant : "Nous continuons d’examiner ce que le Japon peut faire de manière autonome et ce qui peut être fait dans le cadre juridique existant."
 

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