The Press Junction.
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12 mai 2026

Des scientifiques japonais découvrent une nouvelle espèce de "Galère portugaise" venimeuse

©Unsplash

Elle n'aurait jamais dû apparaître là. Et pourtant, à l'été 2024, une créature marine venimeuse, aux couleurs hypnotiques et à l'histoire étonnante, a surgi sur les plages du nord du Japon. C'est ainsi que les chercheurs ont découvert Physalia mikazuki, une nouvelle espèce similaire à la physalie, probablement transportée par des courants océaniques exceptionnellement chauds.

Si la découverte est fascinante, elle envoie aussi un signal alarmant sur l'état de santé de nos océans.

La plage de Gamo, dans la baie de Sendai, n'est pas un endroit où les "visiteurs tropicaux" se rendent régulièrement. Ses eaux historiquement tempérées ont toujours créé une frontière naturelle pour les espèces typiques des mers plus chaudes. C’est pourquoi, lorsqu'en juillet 2024, certains habitants de la région ont identifié d'étranges structures flottantes d'un bleu profond le long du littoral, l’attention des scientifiques a immédiatement été captée.

Pendant des années, les scientifiques ont cru que le genre Physalia ne comprenait qu'une seule espèce, ou deux au maximum. L'analyse des spécimens échoués sur la côte de la région de Tohoku a cependant révélé une autre réalité : une nouvelle espèce venait d'apparaître en plein jour, jamais décrite auparavant.

Une nouvelle espèce pour la science

Cette découverte a (presque) été le fruit du hasard. Yoshiki Ochiai, qui travaillait sur un projet de recherche complètement différent dans la baie de Sendai, est tombé sur cet organisme, jamais vu auparavant dans les eaux tempérées. Il l'a alors collecté, l'a transporté au laboratoire et a entamé un long et minutieux processus d'observations, de comparaisons mais aussi d'analyse de ses détails anatomiques.

A savoir que le nom choisi, Physalia mikazuki, a une signification particulière : en japonais, "mikazuki" signifie "croissant de lune" et rappelle la forme du casque porté par le légendaire samouraï Date Masamune, aussi fondateur de la ville de Sendai. Un lien symbolique avec la région où cette espèce a été vue pour la première fois.

D'un point de vue purement physique, les différences sont loin d'être mineures. La taille de cette nouvelle galère portugaise est beaucoup plus petite que celles que nous connaissons déjà : son flotteur mesure environ 9 à 72 millimètres, alors que pour les espèces plus connues, il peut atteindre 30 centimètres. Ses couleurs sont intenses, incluant des nuances pouvant aller du bleu profond au violet, traversées par une membrane bleu-vert translucide.

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Une arrivée inquiétante

Comme toutes les physalies, Physalia mikazuki n'est pas une véritable méduse. Il s'agit d'un siphonophore, c'est-à-dire une colonie d'organismes qui coopèrent comme s'ils formaient un seul et même être vivant. Quand certains ont pour mission de flotter grâce à une vessie remplie de gaz, d'autres capturent des proies, d'autres encore se chargent de défendre la colonie et d'autres, enfin, s'occupent de la digestion et de la reproduction. Une machine biologique parfaitement réglée, mais d’une dangerosité extrême.

Sa présence au Japon n'est pas seulement une curiosité scientifique. Les chercheurs ont pu également reconstituer le parcours de ces organismes par le biais de simulations numériques des courants océaniques. Ils ont pu démontrer que des vagues de chaleur marines anormales et des courants plus chauds que d'habitude avaient transporté des espèces tropicales plus au nord.

Les conséquences de ce changement ne sont pas négligeables. D'un point de vue écologique, Physalia mikazuki se nourrit de de petits organismes planctoniques et de larves de poissons, avec le risque de perturber les équilibres locaux et d'avoir un impact sur les activités de pêche. Pour les humains, le danger est bel et bien réel : les piqûres de Physalia mikazuki sont douloureuses et potentiellement dangereuses.

Cette découverte, publiée dans la revue scientifique Frontiers in Marine Science, est la preuve concrète d'un océan en mutation, apportant avec lui des espèces, des équilibres et des problèmes qui semblaient jusqu'à récemment très éloignés.

Source : Frontiers in Marine Science

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