Des taureaux forcés à courir les cornes en feu: la tradition la plus controversée d’Espagne
©San Fermin Pamplona - Navarra
Sur une place éclairée par des torches et encerclée par des centaines de spectateurs, un taureau terrorisé court sans aucune issue possible. Sur ses cornes est fixée une armature en bois remplie de matériaux inflammables en feu, tandis que la foule observe et l’excite. C’est le Toro Jubilo, l’une des traditions les plus controversées d’Espagne.
Le rituel se déroule chaque année à Medinaceli, petite commune de la région de Castille-et-León. Là, le taureau est conduit au centre d’une arène improvisée sur la place du village. Autour de l’animal se forme un cercle de personnes, tandis que les préparatifs transforment peu à peu la scène en un spectacle qui divise profondément l’opinion publique. Pour certains, il s’agit d’une tradition séculaire : en réalité, c’est un événement qui semble aujourd’hui de plus en plus difficile à justifier.
Le rituel du feu
Le moment central de la célébration survient lorsqu’une structure en bois est fixée sur la tête du taureau, attachée à ses cornes. À ses extrémités sont placés des matériaux imprégnés de poix et de coton, destinés à brûler longtemps. Quand les torches sont allumées, les flammes enveloppent les cornes de l’animal. À cet instant, le taureau, effrayé et désorienté, commence à se déplacer frénétiquement dans l’arène, entouré par le public.
Selon les organisateurs, le corps de l’animal est recouvert de boue pour le protéger de la chaleur. Cependant, pour de nombreuses associations de défense des animaux, cette explication ne suffit pas à effacer la souffrance évidente du taureau. Le rituel dure plusieurs minutes et se déroule au milieu des applaudissements, des cris et des feux d’artifice, tandis que l’animal tente à plusieurs reprises de se libérer des flammes qui brûlent au-dessus de sa tête.
Le combat des défenseurs des animaux
Ces dernières années, le Toro Jubilo est devenu le symbole d’un affrontement de plus en plus acharné entre les défenseurs des traditions taurines et le mouvement pour les droits des animaux. Le Parti animaliste PACMA a déposé un dossier de plus de 50 pages pour contester le projet de classer cette fête comme “bien culturel d’intérêt spécial”.
Selon les défenseurs des droits des animaux, cette reconnaissance serait davantage un choix politique et électoral que culturel. Par ailleurs, le document soutient qu’il n’existe pas de preuves historiques concrètes attestant clairement des origines anciennes de cette célébration, souvent décrite comme une tradition vieille de plus de deux siècles. PACMA affirme également que l’événement ne reposerait sur aucune base juridique solide et continue de porter l’affaire devant les tribunaux espagnols.
Une cruauté indicible déguisée en tradition ?
Le débat autour du Toro Jubilo reflète une fracture plus profonde qui traverse la société espagnole. D’un côté, il y a ceux qui défendent la valeur des traditions populaires, considérées comme faisant partie de l’identité culturelle du territoire. De l’autre, un mouvement en pleine expansion dénonce la souffrance animale liée à de nombreuses manifestations taurines.
En attendant, la célébration continue de se tenir chaque année, attirant curieux, touristes et manifestants.
(©GreenMe.it 2026/Managing editor : Mathias Lambry - The Press Junction/Picture : San Fermin Pamplona - Navarra)
