The Press Junction.
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12 mai 2026

Est-ce-que Greenpeace risque la faillite?

©Unsplash

345 millions de dollars (env. 297 millions d'euros). C’est la somme qu’un tribunal de district du Dakota du Nord a ordonné à Greenpeace USA et Greenpeace International de verser au géant pétrolier Energy Transfer. Un montant colossal. 

Une somme qui, si elle est confirmée, pourrait mettre à genoux l’une des organisations écologistes les plus connues au monde. En jeu, il n’y a pas seulement l’avenir financier de Greenpeace, mais aussi un précédent qui pourrait peser sur l’ensemble de l’activisme climatique.

Mais que se passe‑t‑il vraiment ? Tout commence à Standing Rock. Retour en 2016. Des milliers de personnes – au premier rang desquelles les communautés autochtones sioux – s’opposent à la construction du Dakota Access Pipeline, un oléoduc destiné à traverser des terres et des eaux sacrées à proximité de la réserve de Standing Rock. Les images font le tour du monde : campements, prières, résistance pacifique, charges de la police, arrestations. Un mouvement qui devient rapidement un symbole mondial de la lutte contre les infrastructures fossiles et pour la justice climatique.

Mais selon Energy Transfer, l’exploitant de l’oléoduc, ces protestations auraient été orchestrées par Greenpeace. Une accusation que l’organisation rejette depuis le début, la qualifiant de dénuée de tout fondement.

Le jury du comté de Morton s’était déjà prononcé en mars 2025. Le tribunal vient maintenant de rendre sa décision finale : tout en rejetant certaines parties du verdict, il accorde malgré tout des centaines de millions de dollars à l’entreprise.

Greenpeace annonce la riposte : l’ONG va demander un nouveau procès et, si nécessaire, ira jusqu’à la Cour suprême du Dakota du Nord. Selon ses avocats, il n’existe aucune preuve concrète démontrant que l’organisation aurait tiré les ficelles des manifestations. Et la décision serait, affirment‑ils, entachée par l’admission de témoignages à charge de nature provocatrice et par l’exclusion d’éléments favorables à la défense.

La question n’est pas seulement financière. Greenpeace parle ouvertement d’une procédure judiciaire engagée pour étouffer la contestation, submerger militants et organisations de frais d’avocats et décourager la participation du public. Ce n’est pas un détail : si prendre position contre un projet fossile peut coûter des centaines de millions de dollars, qui osera encore le faire demain ?

C’est pourquoi Greenpeace International, dont le siège se trouve aux Pays‑Bas, a à son tour engagé une action en justice en Europe contre Energy Transfer. Un test crucial pour savoir si les grandes entreprises pourront continuer à utiliser les tribunaux comme instrument de pression contre la société civile.

Le montant est tel qu’il pourrait avoir des conséquences extrêmement lourdes sur les comptes de l’organisation. Mais Greenpeace ne recule pas, au contraire, elle contre‑attaque : "On ne nous fera pas taire", a déclaré le directeur exécutif international Mads Christensen.

L’enjeu dépasse de loin une seule organisation. C’est une partie décisive qui se joue ici, autour de la liberté d’expression, du droit de manifester, de la capacité des citoyens et des communautés à s’opposer à des projets qu’ils jugent néfastes pour l’environnement et la santé.

L’histoire, en somme, est loin d’être terminée. Et quel que soit l’issue du recours, une chose est déjà claire : le conflit entre les grands intérêts fossiles et les mouvements pour le climat se joue de plus en plus aussi dans les prétoires.
 

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