Fini les poulets à croissance rapide : en Norvège, l’industrie avicole change de cap (mais ce n’est qu’un début)
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Chaque année, des milliards de poulets sont élevés dans le monde entier pour finir dans nos assiettes. La grande majorité de ces animaux passent leur courte existence dans des élevages intensifs, dans des conditions inhumaines. En Europe, les poulets de chair sont sélectionnés pour atteindre leur poids d’abattage en moins de 40 jours, une croissance si artificielle et accélérée qu’elle provoque de graves problèmes cardiaques, osseux, respiratoires et moteurs.
Ce n’est ni de la science-fiction ni de l’alarmisme : tout cela est largement documenté par différentes études et enquêtes sur le bien-être animal. Les directives européennes prévoient certaines normes minimales – ventilation adéquate, litières sèches, inspections régulières, soins vétérinaires – mais dans les faits, élever des poulets à un rythme industriel reste encore la norme dans presque tout le continent.
Le tournant de la Norvège
Parmi les pays européens qui tentent de faire les choses différemment figure la Norvège, où un tournant important a été annoncé cette année, bien qu’il émane du secteur lui-même et non d’une loi nationale contraignante. Cette année, les principaux acteurs de l’industrie avicole norvégienne, dont le géant coopératif Nortura SA et l’association professionnelle KLF, ont signé une déclaration commune qui engage le secteur à atteindre deux objectifs précis d’ici le 31 décembre 2027.
Le premier est d’adopter à grande échelle la technique du "sexage in-ovo", c’est-à-dire la détermination du sexe de l’embryon directement dans l’œuf, afin d’éviter la pratique, encore très répandue, consistant à abattre les poussins mâles dès leur naissance, jugés “inutiles” pour la production d’œufs.
Le second vise à remplacer progressivement les poulets à croissance rapide par des hybrides à croissance plus lente, moins sujets aux pathologies et capables de se déplacer et de se comporter d’une manière plus proche de celle de poulets élevés dans des conditions non intensives.
Comme nous l’annoncions précédemment, il ne s’agit pas d’une loi étatique assortie de sanctions et d’obligations formelles, mais bien d’un accord volontaire entre les principaux acteurs de la filière, coordonné également avec l’organisme de recherche Animalia. La transition se fera progressivement, en tenant compte de la disponibilité du nouveau matériel génétique et des infrastructures nécessaires pour élever ces nouvelles races.
Hans Thorn Wittussen, vice-président exécutif des matières premières et membre de la direction de Nortura SA, a déclaré :
“Il est important de maintenir un niveau de bien-être généralement élevé de l’animal en Norvège. Au fil des années, l’industrie norvégienne de la viande et de la volaille a franchi des étapes constantes pour améliorer le bien-être animal, et nous continuerons sur cette voie.”
Un premier pas sur un long chemin
Pour celles et ceux qui suivent les questions liées au bien-être animal, il s’agit d’un signal concret : pas une énième promesse vague, mais un engagement assorti d’échéances précises, signé par ceux qui font tourner l’industrie avicole d’un pays entier. Les souffrances physiologiques liées à la croissance accélérée, celles qui affectent chaque jour des centaines de millions de poulets, pourraient diminuer de manière significative. Et surtout, cela montre qu’il est possible de relever les standards sans attendre qu’une loi vienne l’imposer.
Les organisations internationales de défense des animaux ont qualifié ces initiatives d’étapes historiques, en soulignant leur potentiel effet domino. Si la Norvège y parvient, d’autres pays et d’autres producteurs pourraient suivre son exemple.
Mais il est important de rester lucide : la Norvège n’a pas interdit les élevages intensifs et n’a pas révolutionné le système. Nous parlons d’un objectif volontaire, avec un calendrier précis et des acteurs sérieux impliqués, mais qui reste inscrit dans le cadre d’une industrie qui élève des animaux à une échelle industrielle. Pourtant, si la transition est menée à bien d’ici 2027, la Norvège pourrait devenir une véritable référence pour toute l’Europe, la preuve qu’améliorer les conditions de vie des animaux et conserver un modèle productif efficace ne sont pas des objectifs incompatibles.
Source : KLF
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