Fukushima 15 ans après la catastrophe : il reste encore 880 tonnes de débris radioactifs dans les réacteurs
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Le 11 mars 2011, à 14h46, le Japon est frappé par le plus puissant tremblement de terre jamais enregistré : une magnitude 9 dans l'océan Pacifique, au large de la côte nord-est. Quarante minutes plus tard, survient la deuxième vague de la tragédie. Un tsunami avec des murs d'eau de plus de 10 mètres de haut - près de 40 à certains endroits - inonde les villes côtières et les infrastructures.
Parmi ces infrastructures se trouvait la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. Les réacteurs se sont arrêtés automatiquement après le séisme, comme l'exigeaient les systèmes de sécurité. Mais l'eau a inondé les générateurs diesel, qui auraient dû alimenter le refroidissement d'urgence. Privée d'électricité, la centrale a connu une panne totale : le scénario le plus redouté pour un réacteur nucléaire.
Les jours suivants, entre le 12 et le 15 mars, le combustible des réacteurs 1, 2 et 3 surchauffe jusqu'à la fusion du coeur. C'est ce qu'on appelle le "meltdown". L'accumulation d'hydrogène provoque alors quatre explosions qui arrache des parties des bâtiments de la centrale. Les images font le tour du monde.
Le rejet de matières radioactives contraint les autorités à évacuer une zone de 20 kilomètres autour de la centrale. Plus de 160 000 personnes quittent leur domicile en quelques jours. Beaucoup ne sont jamais revenues.
Aujourd'hui encore, 15 ans plus tard, plus de 24 000 résidents ne peuvent pas se réinstaller durablement dans les zones les plus contaminées. Des quartiers entiers semblent rester dans une sorte d'immobilisme : des écoles abandonnées avec des livres encore sur les bureaux, des vélos rouillés dans les jardins, des maisons lentement englouties par la végétation.
La décontamination s'est concentrée sur les zones habitées : une opération gigantesque qui a permis d'enlever quelque 15 millions de mètres cubes de terre radioactive et de les stocker dans des dépôts temporaires. En revanche, les forêts qui couvrent une grande partie de la région sont restées largement intactes. Et c'est précisément là que le césium radioactif continue de circuler dans le sol, dans le feuillage et dans la faune.
La nature reprend ses droits
Les être humains ayant pratiquement disparu, la faune a reconquis beaucoup d'espace. Sangliers, ratons laveurs et même ours noirs circulent librement dans les rues et les jardins abandonnés. Certaines études suggèrent que les populations animales ne se sont pas effondrées, mais qu'elles ont, dans certains cas, augmenté.
C'est un paradoxe typique des zones touchées par des catastrophes nucléaires : la présence humaine diminue considérablement et la nature profite de ce répit inattendu. Mais ce phénomène soulève également des questions politiques et sociales. Qu'adviendra-t-il de ces terres quand - et si - elles redeviendront habitables ?
Les 880 tonnes de débris radioactifs laissés sur place
Le véritable défi réside toutefois à l'intérieur de la centrale. Quelque 880 tonnes de combustible fondu et de débris hautement radioactifs subsistent dans les réacteurs détruits. C'est le cœur de la catastrophe qui n'a pas été résolu.
Retirer ces matériaux est une opération technologique sans précédent. Les niveaux de radiation sont si élevés qu'une intervention humaine directe est impossible : le nettoyage dépend entièrement de robots et de machines spécialement conçus pour fonctionner dans des environnements extrêmement hostiles.
Le processus de démantèlement s'étale sur plusieurs décennies. Selon les estimations les plus optimistes, il faudra au moins 30 ans pour éliminer complètement les matériaux les plus dangereux.
Un héritage qui pèse encore
En attendant, Fukushima continue de marquer le débat énergétique au Japon. Après la catastrophe, le pays a pratiquement fermé toutes ses centrales nucléaires. Mais ces dernières années, à la faveur de la crise énergétique mondiale, le gouvernement a commencé à réactiver progressivement certains réacteurs.
Le souvenir de 2011 reste très présent dans les statistiques et les rapports techniques, ainsi que dans les récits de ceux qui ont perdu des êtres chers, des maisons et des emplois. Et avec eux, une partie de leur propre identité.
Quinze ans plus tard, Fukushima est à la fois une zone contaminée qui a besoin d'être assainie et un laboratoire involontaire sur le rapport entre technologie, risque et environnement. Un rappel permanent de la longueur de l'ombre que peut projeter une catastrophe nucléaire.
(©The Japan Times via GreenMe.it 2026 / Managing Editor : Mathias Lambry - The Press Junction / Image : ©Romain Chollet via Unsplash)
