Le président chinois Xi Jinping s’est fixé pour objectif de se doter d’une monnaie "puissante", à la hauteur du poids croissant de la Chine sur la scène internationale, capable de contester, voire d’éroder, la domination que le dollar américain exerce depuis des décennies sur les marchés financiers.
Le yuan chinois a peu de chances de s’imposer comme une devise de premier plan dans les réserves de change sans profondes réformes structurelles que Pékin hésite à engager, estiment les analystes.
Malgré une demande intérieure poussive et un marasme immobilier qui dure depuis cinq ans, la Chine reste, à bien des égards, dans une position enviable. Elle est la deuxième économie mondiale en termes de produit intérieur brut nominal — et la première en parité de pouvoir d’achat — et a contribué, selon les autorités chinoises, à 30 % de la croissance économique mondiale l’an dernier.
La Chine dispose également du premier système bancaire au monde par la taille de ses actifs, ce qui lui permet de financer d’amples projets d’infrastructures, aussi bien sur son territoire qu’à l’étranger. Elle possède en outre le plus important stock de réserves de change au monde — un coussin substantiel contre les chocs financiers.
Pourtant, malgré ce poids économique, le yuan reste un poids plume : il ne représente qu’environ 2 % des réserves de change détenues par les banques centrales dans le monde, contre 56,3 % pour le dollar, 20,3 % pour l’euro et 4,7 % pour la livre sterling.
Les institutions financières chinoises sont plus fragiles que celles des économies avancées, et le gouvernement impose des limites strictes à la quantité de yuans pouvant sortir du pays. Pékin contrôle la valeur de sa monnaie au lieu de laisser les marchés fixer le taux de change, une pratique qui a contribué à maintenir des excédents commerciaux élevés et des prix à l’exportation bas — au grand agacement de Washington.
Ce système administré a permis de protéger la Chine, mais il a aussi limité l’attrait du yuan comme actif de réserve robuste à l’échelle mondiale, le tout au service de l’objectif ultime du Parti communiste, au pouvoir depuis des décennies : la stabilité intérieure.
La Chine doit œuvrer à bâtir un "yuan puissant" doté du statut de monnaie de réserve et largement utilisé dans le commerce international, l’investissement et les marchés des changes, a déclaré Xi Jinping dans un discours de 2024.
Le yuan verra sa part "incontestablement augmenter" dans les réserves de change des marchés émergents qui cherchent à se diversifier pour se protéger d’un environnement tendu, estime Eswar Prasad, professeur d’économie à l’université Cornell, interrogé par Newsweek.
Ce sera particulièrement vrai dans les pays qui entretiennent des liens commerciaux étroits avec la Chine ou qui sont exposés aux sanctions occidentales, comme la Russie, qui s’est de plus en plus tournée vers des échanges libellés en yuan après avoir été coupée du système financier mondial en raison de son invasion à grande échelle de l’Ukraine.
Au cours de la dernière décennie, Pékin a assoupli les restrictions pesant sur les investisseurs étrangers, y compris les banques centrales, pour l’acquisition de titres de dette chinois. Ces mesures ont "incité de nombreux gestionnaires de réserves d’autres pays à accroître leur exposition aux actifs libellés en yuan", souligne Prasad.
Les prévisions selon lesquelles le yuan serait sur le point de devenir une grande monnaie de réserve sont exagérées, estime George Magnus, économiste au China Center de l’université d’Oxford.
"Entre autres choses, le gouvernement chinois sait que, même s’il le souhaitait, il serait beaucoup trop risqué de jouer avec cela aussi vite et aussi tôt", déclare Magnus. "Les marchés de capitaux chinois sont bien trop immatures et peu adaptés. La part du yuan dans les actifs de réserve mondiaux est minuscule, et elle a toutes les chances de le rester."
En réponse à ceux qui avancent que les progrès technologiques dans le trading de devises pourraient permettre à la Chine de contourner ces conditions traditionnelles, Magnus estime que les nouveaux outils améliorent surtout la rapidité et l’efficacité des transactions, sans remédier aux fondements institutionnels qui conditionnent le statut du yuan.
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