The Press Junction.
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12 mai 2026

L’Allemagne veut introduire une taxe sur le sucre et interdire les boissons énergisantes aux moins de 16 ans

©Immo Wegmann via Unsplash

L’Allemagne s’apprête à sévir contre l’excès de sucre dans les produits alimentaires. Le ministre-président du Schleswig-Holstein, Daniel Günther, a soumis au Bundesrat – la chambre haute allemande – une proposition visant à instaurer une taxe sur les boissons sucrées et à interdire la vente de boissons énergisantes aux moins de 16 ans. Ce n’est pas la première fois que le sujet est mis sur la table, mais cette fois, le soutien politique semble s’être élargi.

La raison est simple : les coûts sociaux d’une consommation excessive de sucre sont colossaux. Une étude de Greenpeace a estimé que les maladies liées au sucre coûtent à l’Allemagne près de 12 milliards d’euros par an. Une autre recherche, menée par l’Université technique de Munich, a calculé qu’une taxe calquée sur le modèle britannique pourrait prévenir jusqu’à 244 000 cas de diabète de type 2 sur vingt ans, avec une économie potentielle de 16 milliards d’euros.

La proposition ne se limite pas à la taxe sur le sucre, mais vise aussi à interdire la vente de boissons énergisantes aux mineurs de moins de 16 ans. Les raisons ? Ces "energy drinks" contiennent des niveaux élevés de caféine, de taurine et de sucre, une combinaison qui peut avoir des effets graves sur un organisme en croissance.

“Ce ne sont pas des boissons inoffensives et tendance”, a déclaré Daniel Günther“Elles peuvent devenir un véritable problème, surtout pour les jeunes.”

Toutefois, les voix critiques ne manquent pas. L’industrie sucrière allemande affirme que cette taxe donne la fausse impression qu’un seul ingrédient serait responsable de l’obésité. En outre, elle soutient que cela pourrait pousser les producteurs à remplacer le sucre par des édulcorants artificiels sans pour autant améliorer la santé publique.

Le modèle britannique fait ses preuves

Ceux qui pensent que la "sugar tax" (taxe sur le sure) n’est qu’un impôt de plus feraient bien de regarder ce qu’il s’est passé au Royaume-Uni. L’expérience britannique est un succès : la consommation de soft drinks a diminué d’un tiers, et la teneur en sucre de nombreuses boissons a été réduite par les fabricants eux-mêmes, qui ont reformulé leurs produits pour éviter de payer la taxe. Les données officielles de l’Office for Health Improvement and Disparities montrent qu’entre 2015 et 2024, la proportion de produits contenant 5 g de sucre ou moins pour 100 ml est passée de 67 % à 91 %, un signe clair que les entreprises se sont adaptées.

Une étude publiée dans PLOS Medicine a révélé que la taxe britannique est associée à une réduction de 8 % de l’obésité chez les filles de 10 et 11 ans, soit environ 5 200 cas en moins chaque année. Les chercheurs ont également observé une diminution des hospitalisations pour extractions dentaires chez les enfants et des bénéfices liés à la baisse de la consommation globale de sucre.

Ce n’est pas tout : le gouvernement britannique a récemment décidé d’indexer la taxe sur l’inflation et de lancer une révision pour évaluer s’il convient d’en étendre le champ à d’autres catégories de boissons, signe que la mesure est considérée comme un succès à consolider, et non comme une expérimentation à mettre aux oubliettes.

L’Europe bouge

L’Allemagne ne partirait pas de zéro. En Europe, au moins dix pays ont déjà introduit une forme de taxation sur les boissons sucrées, avec des approches différentes : des taxes volumétriques (un montant fixe par litre, indépendamment de la teneur en sucre) ou des taxes graduées en fonction de la quantité de sucre présente. Parmi les pays qui les ont adoptées figurent la France, le Portugal, l’Irlande, la Belgique, la Hongrie, la Lettonie, la Lituanie et la Norvège.

L’Union européenne, en revanche, ne dispose pas d’une politique commune en la matière : la Commission européenne a récemment fait marche arrière concernant l’instauration éventuelle de taxes au niveau de l’UE sur les aliments ultra-transformés, laissant à chaque gouvernement national la responsabilité d’agir. Une occasion manquée, selon de nombreux experts de santé publique.

Si l’Allemagne y parvient, elle pourrait jouer les éclaireurs et donner une impulsion plus ferme au niveau européen. 

Source : Reuters

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