The Press Junction.
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12 mai 2026

Le "fléau migratoire le plus destructeur": des essaims de criquets de l’Afrique jusqu’aux Canaries

©James Wainscoat via Unsplash

Ciel obscurci, insectes partout, touristes incrédules. Fin février, des vidéos et des photos en provenance des îles Canaries ont montré des nuées de criquets portés par la calima – le vent chaud chargé de sable saharien – jusqu’à Lanzarote, Tenerife, Grande Canarie et Fuerteventura. Les images ont fait le tour des réseaux sociaux, rappelant des scènes de "fléau biblique".

Cet événement ravive les mémoires : en 1958, une invasion de criquets avait dévasté les cultures de tomates et de pommes de terre dans le sud de Tenerife, faisant suite à une autre grave infestation survenue seulement quelques années plus tôt.

Des Canaries au Sahara : un phénomène d’envergure

Derrière ce dernier épisode espagnol en date se cache une dynamique régionale qui implique tout le nord-ouest de l’Afrique. L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a signalé d’importants déplacements de Schistocerca gregaria entre la Mauritanie, le Sahara occidental et le Maroc, favorisés par des pluies hivernales exceptionnellement abondantes.

Lorsque les précipitations transforment des zones arides du Sahara et du Sahel en étendues verdoyantes éphémères, les criquets trouvent des conditions idéales pour se nourrir et se reproduire. En quelques semaines, la population peut être multipliée par vingt. C’est à ce stade que les insectes passent d’un comportement solitaire à un comportement grégaire, formant des essaims denses capables de parcourir jusqu’à 150 kilomètres par jour.

La FAO définit le criquet pèlerin comme “le fléau migratoire le plus destructeur au monde” : un essaim d’un kilomètre carré peut contenir jusqu’à 80 millions d’individus et consommer, en une journée, l'équivalent de la nourriture consommée par près de 35 000 personnes.

Une agriculture menacée 

Aux Canaries, les criquets ne représentent pas un danger direct pour les populations, mais ils pourraient frapper durement les vignobles et les cultures horticoles s’ils venaient à se reproduire. C’est la raison pour laquelle le gouvernement de Lanzarote maintient l’état d’alerte, tout en excluant pour l’instant une infestation à grande échelle.

La véritable inquiétude concerne les zones déjà fragiles de l’Afrique de l’Ouest. La grande crise de 2019-2021 dans la Corne de l’Afrique et dans la péninsule Arabique a montré à quel point la situation peut dégénérer rapidement : selon la FAO, seules des interventions coordonnées sur plus de 2 millions d’hectares dans 10 pays ont permis d’éviter un désastre alimentaire encore plus grave.

Il va sans dire que les événements météorologiques extrêmes – pluies intenses, cyclones, variations des vents – sont les principaux déclencheurs des invasions de criquets. Les scientifiques soulignent que la variabilité croissante du climat peut amplifier ces cycles, créant des conditions favorables à la reproduction dans des zones normalement arides.

Pour l’instant, aux Canaries, la situation reste sous contrôle. Mais les images en provenance des villes touristiques sont un puissant rappel : lorsque le climat change, les équilibres biologiques basculent eux aussi. Et ce qui semble être un épisode spectaculaire peut devenir, ailleurs, une menace bien réelle pour la sécurité alimentaire.

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