Le pétrole iranien continue de sortir par le détroit d’Ormuz avec la bénédiction de Washington
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Des millions de barils de pétrole iranien visé par les sanctions américaines traversent chaque jour le détroit d’Ormuz, notamment à destination de son premier client, la Chine.
Cette semaine, l’industrie pétrolière iranienne a tourné comme à l’accoutumée, et ce en dépit de frappes aériennes quotidiennes menées par les États-Unis et Israël, y compris le récent bombardement ciblé du principal hub d’exportation du pays.
Newsweek a rapporté cette semaine que des pétroliers soupçonnés d’appartenir à l’Iran avaient été aperçus en train de charger du carburant au terminal pétrolier de l’île de Kharg, au large de la côte sud de l’Iran, quelques jours après que le président Donald Trump a ordonné aux forces américaines de frapper des sites militaires sur l’île vendredi dernier.
D’autres éléments, mardi, ont montré que le commerce énergétique iranien avait été en grande partie ininterrompu. Plusieurs pétroliers étaient visibles à quai sur la jetée est du hub d’exportation.
Le commerce de brut est la bouée de sauvetage de l’économie iranienne, déjà lourdement frappée par les sanctions, et l’île de Kharg a traité la majeure partie des volumes sortants l’an dernier. Des millions de barils y sont exportés chaque jour.
Le Corps des Gardiens de la révolution islamique iranien a de facto fermé le détroit d’Ormuz à la plupart des navires non iraniens en menant, dans le Golfe persique, des frappes aléatoires de drones et de missiles. Les livraisons de pétrole et de gaz naturel en provenance du golfe ont été suspendues et les grandes économies, dont les États‑Unis, ont puisé dans leurs réserves stratégiques de pétrole pour empêcher les prix de s’envoler bien au‑delà de 100 dollars le baril.
Le bombardement de l’île de Kharg par les États‑Unis se voulait un avertissement adressé à Téhéran au sujet de la poursuite de la fermeture du détroit, où le trafic de navires commerciaux est tombé à seulement deux transits lundi, contre une moyenne de 138 par jour avant le début de la guerre avec l’Iran le 28 février.
Seuls 89 navires, dont 16 pétroliers, ont traversé le détroit d’Ormuz entre le 1er et le 15 mars, d’après une analyse de Lloyd’s List Intelligence, basée à Londres. Plus d’un cinquième de ce trafic était lié à l’Iran.
Cette semaine, le secrétaire au Trésor américain Scott Bessent a déclaré que les États‑Unis autorisaient les pétroliers chargés de pétrole iranien frappé de sanctions à sortir du détroit sans être inquiétés, afin de maintenir les prix mondiaux du pétrole à un niveau bas. "Les navires iraniens sortent déjà, et nous laissons faire pour approvisionner le reste du monde", a‑t‑il déclaré lundi sur CNBC.
Plus de 90 % des exportations pétrolières de l’Iran sont destinées à la Chine, qui couvre environ 10 % de ses besoins annuels en brut grâce au pétrole iranien.
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a déclaré dimanche sur CBS News que Téhéran était prêt à négocier un passage sûr pour les navires de certains pays. Une poignée de pétroliers liés à la Chine, à l’Inde, au Pakistan, à la Turquie et à la Grèce ont franchi le détroit d’Ormuz sans être attaqués, mais on ignore si des arrangements spécifiques ont été conclus pour leur transit.
Pour la majorité des compagnies maritimes internationales et leurs assureurs, le détroit demeure interdit, compte tenu du risque d’attaques iraniennes. Sur les 89 transits recensés par Lloyd’s List cette semaine, 11 concernaient des navires liés à la Chine, mais aucun n’était exploité par des armateurs chinois de premier plan, précise la publication.
Trump a appelé à la formation d’une coalition internationale, incluant la Chine, pour contribuer à maintenir le détroit ouvert sous le feu. Il a formulé cette proposition non pas parce que l’armée américaine aurait besoin d’aide, mais afin de jauger la réaction de chaque gouvernement, a‑t‑il assuré.
©Newsweek 2026 / Managing Editor : Gabriel Arnaud - The Press Junction / Picture : ©Unsplash)
