Le Royal Festival Hall de Londres, a accueilli la 79e édition des Bafta et désigné un vainqueur incontesté : Une bataille après l’autre de Paul Thomas Anderson.
Présentée par Alan Cumming et avec la présence du prince William et de Kate Middleton, la soirée a consacré un film qui est à la fois thriller politique, satire mordante et miroir déformant de l’Occident contemporain.
Avec six prix, dont ceux du meilleur film et de la meilleure réalisation, l’œuvre a littéralement dominé la soirée. Elle a aussi valu à Sean Penn le prix du meilleur acteur dans un second rôle, ainsi que ceux du meilleur scénario adapté, du meilleur montage et de la meilleure photographie. Un succès qui en fait déjà la grande favorite des prochains Oscars.
La véritable surprise est venue de la catégorie meilleur acteur : Robert Aramayo a coiffé au poteau le favori Timothée Chalamet, récompensé pour I Swear, une comédie sociale centrée sur un jeune homme atteint du syndrome de Gilles de la Tourette. Ont également été battus Leonardo DiCaprio (protagoniste de Une bataille après l’autre), Ethan Hawke, Michael B. Jordan et Jesse Plemons.
Du côté de la meilleure actrice, la victoire est revenue à Jessie Buckley pour Hamnet, sacré également meilleur film britannique. Sinners a décroché trois récompenses – meilleure actrice dans un second rôle pour Wunmi Mosaku, meilleur scénario original et meilleure musique – tandis que Frankenstein s’est illustré dans les catégories costumes, décors et maquillage. Le prix du meilleur film en langue étrangère est allé à Sentimental Value, celui du meilleur film d’animation à Zootropolis 2.
Mais c’est bien Une bataille après l’autre qui a été le cœur battant de la soirée. Inspiré du roman Vineland de Thomas Pynchon, le film met en scène une dystopie néocoloniale qui évoque ouvertement l’Amérique de l’ère Trump. Dans un univers suspendu entre cabines téléphoniques et réseaux sociaux, le pouvoir est dominé par le suprémacisme blanc, les centres de détention et une propagande paranoïaque.
Le protagoniste Bob Ferguson, incarné, comme on l’a dit, par Leonardo DiCaprio, est un ancien révolutionnaire du groupe subversif French 75, devenu aujourd’hui une figure désorientée, ironique et décadente. Sa trajectoire personnelle se fait l’allégorie d’une génération qui a perdu sa boussole morale. Face à lui se dresse le colonel Lockjaw interprété par Sean Penn, incarnation d’une autorité obsédée par la pureté et la répression.
Le film alterne courses-poursuites haletantes et moments grotesques, en mêlant les genres. La bande originale de Jonny Greenwood renforce un sentiment d’inquiétude permanent. La caméra glisse entre émeutes, déserts et périphéries, dépeignant une Amérique où la haine est devenue un système.
La satire est frontale : murs, rhétorique identitaire, sociétés secrètes élitistes. Mais Paul Thomas Anderson évite le pamphlet et compose un récit profondément humain, où la véritable bataille ne se livre pas seulement contre le pouvoir, mais aussi pour sauver les liens, les sentiments, la dignité. L’ombre de l’ère Trump plane sans jamais être nommée : une critique acérée qui mobilise la fiction pour parler du présent.
Les Bafta annoncent souvent les Oscars. Si la tendance se confirme, Londres aura peut-être déjà écrit une partie du scénario hollywoodien. En attendant, la soirée 2026 restera comme celle où une dystopie politique a conquis le cœur de l’industrie cinématographique britannique.
Entre applaudissements, surprises et standing ovations, Une bataille après l’autre a démontré que le cinéma peut encore être à la fois spectacle total et réflexion civique. Et que, même à une époque saturée d’images, une histoire puissante peut transformer une remise de prix en véritable événement culturel.
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