L’entrée des Houthis dans la guerre avec l’Iran pourrait affecter les marchés pétroliers
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La guerre impliquant l’Iran s’est de nouveau étendue ce week‑end après que le mouvement houthi du Yémen a annoncé être entré dans le conflit, tirant des missiles balistiques en direction d’Israël, une opération qualifiée par les responsables de grave escalade.
Si la frappe a été interceptée, les analystes estiment que l’implication des Houthis comporte des risques économiques qui pourraient se faire sentir bien au‑delà du Moyen‑Orient.
Les marchés de l’énergie sont déjà ébranlés par des semaines de combats impliquant l’Iran, Israël et les États‑Unis. L’entrée en lice des Houthis ajoute une nouvelle menace pour les flux pétroliers mondiaux en ravivant la possibilité d’attaques contre des voies maritimes essentielles à l’approvisionnement énergétique de la planète.
Le mouvement houthi, aligné sur l’Iran, a affirmé avoir tiré samedi des missiles balistiques sur des cibles militaires israéliennes, marquant sa première participation directe à la guerre. L’armée israélienne a confirmé avoir détecté le tir depuis le Yémen et indiqué que ses défenses aériennes avaient intercepté le missile.
Ce geste fait suite à de multiples avertissements des Houthis, qui menaçaient d’entrer en guerre si ce qu’ils décrivent comme des "lignes rouges" étaient franchies, notamment l’utilisation des voies d’eau régionales pour soutenir des opérations militaires contre l’Iran. Les Houthis, qui contrôlent de vastes zones du Yémen, sont depuis longtemps considérés comme l’un des partenaires régionaux les plus perturbateurs de Téhéran.
Leur implication ouvre un nouveau front dans un conflit qui a déjà entraîné plusieurs pays et déstabilisé les marchés de l’énergie à l’échelle mondiale.
Les Houthis se trouvent à proximité de l’un des goulets d’étranglement maritimes les plus importants au monde : le détroit de Bab el‑Mandeb, qui relie la mer Rouge au golfe d’Aden.
Ce passage étroit constitue un corridor vital pour les cargaisons de pétrole et de gaz qui circulent entre le Moyen‑Orient, l’Europe et l’Amérique du Nord. Lors de conflits précédents, les attaques houthies contre des navires commerciaux ont contraint les compagnies maritimes à contourner l’Afrique australe, allongeant les trajets et renchérissant les coûts, tout en ajoutant une dose d’incertitude aux chaînes d’approvisionnement énergétique mondiales.
Les enjeux sont particulièrement élevés à Yanbu, grand port industriel de la mer Rouge contrôlé par l’Arabie saoudite, qui s’est imposé comme un débouché crucial pour les exportations de pétrole du royaume alors que le trafic dans le détroit d’Ormuz a été gravement perturbé par l’Iran.
Depuis la fin février, l’Arabie saoudite a augmenté ses exportations de brut au départ de Yanbu, détournant du pétrole qui transiterait normalement par Ormuz afin de contourner les menaces iraniennes pesant sur le transport maritime dans le Golfe. Selon les analystes, ce basculement a rendu les routes de la mer Rouge — et, par extension, les passages stratégiques voisins comme Bab el‑Mandeb — bien plus déterminants pour les marchés mondiaux de l’énergie que lors des crises précédentes, alimentant les craintes qu’une reprise des attaques houthies ne perturbe une voie de secours cruciale pour l’acheminement du pétrole.
La simple menace d’une reprise des attaques houthies peut faire grimper les prix du pétrole, les traders intégrant dans leurs anticipations le risque de perturbations de l’offre. Lorsque les expéditions de pétrole subissent des retards ou des détours, les prix mondiaux du brut ont tendance à augmenter. Cette hausse finit par se répercuter sur les consommateurs sous la forme d’une essence plus chère.
Les États‑Unis comptent parmi les plus grands producteurs de pétrole au monde, mais restent étroitement connectés aux marchés énergétiques mondiaux. Les raffineries américaines achètent et vendent du brut sur les places internationales, ce qui signifie que les flambées de prix à l’étranger peuvent rapidement se traduire par une hausse du coût des carburants sur le marché intérieur.
Si les pétroliers évitent la mer Rouge pour des raisons de sécurité, les coûts de transport augmentent. Ces surcoûts se répercutent tout au long de la chaîne d’approvisionnement — des raffineurs aux distributeurs, puis aux stations‑service. Cette dynamique est déjà en cours depuis le début de la guerre, les prix du pétrole grimpant sur fond de craintes que l’Iran ou ses alliés ne perturbent des voies maritimes essentielles.
Si les prix du pétrole continuent de grimper sous l’effet des craintes liées aux perturbations en mer Rouge, les automobilistes pourraient voir les tarifs augmenter en quelques jours ou semaines, selon la durée des tensions.
Bien qu’aucune coupure nette de l’approvisionnement n’ait pour l’instant eu lieu, les marchés anticipent souvent les événements — ils réagissent au risque plutôt qu’aux pénuries avérées.
Une grande partie de la suite dépendra de la décision des Houthis d’aller au‑delà des tirs de missiles et de reprendre, ou non, leurs attaques contre la navigation commerciale.
Pour les consommateurs, la question clé est de savoir si le conflit va se stabiliser — ou si de nouveaux acteurs régionaux vont s’y engouffrer, poussant encore plus haut les prix de l’énergie.
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