The Press Junction.
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12 mai 2026

Les bombes et les pluies acides sur Téhéran, désastre pour l'humanité et l'environnement

©PA

Les bombardements visant les dépôts de brut à Téhéran et l’incendie qui a ravagé la raffinerie Bapco au Bahreïn ont déclenché une situation d’urgence qui ne se limite pas aux flammes. 

Le Croissant-Rouge — l’organisation internationale de secours qui, dans les pays musulmans, joue le même rôle que la Croix-Rouge en Italie — a lancé un appel : les habitants de la capitale iranienne doivent se barricader chez eux à cause de la fumée, mais aussi en raison du risque imminent de pluies acides déclenchées par la combustion des barils de pétrole.

"On sent une odeur de brûlé. Je n’arrive plus à voir le soleil. Il y a une fumée horrible. Elle est toujours là, je suis épuisée", a raconté une habitante de Téhéran au micro de la BBC, inquiète face aux bombardements menés par Israël et les États-Unis. Les images diffusées par les médias et par des ONG comme Human Rights Activists in Iran montrent des scènes catastrophiques :

Lorsqu’un missile touche une cuve d’hydrocarbures, la réaction est dévastatrice pour l’air. La combustion libère de grandes quantités de dioxyde de soufre et d’oxydes d’azote. Une fois montés en altitude, ces gaz ne se dissipent pas : ils rencontrent l’humidité des nuages et réagissent avec l’oxygène pour se transformer en acide sulfurique et en acide nitrique, comme l’a expliqué Gabriele da Silva, professeur associé de génie chimique, sur The Conversation.

Le résultat, c’est une pluie dont le pH est inférieur à 7, autrement dit acide. Selon les études de l’Enea, ce phénomène est typique des zones fortement industrialisées, mais l’intensité des incendies de ces derniers jours a provoqué une saturation instantanée. C’est une menace qui atteint tout ce qu’elle touche : des poumons de ceux qui respirent ces particules toxiques jusqu’aux façades des bâtiments.

Contrairement à un bâtiment bombardé, un territoire ne se reconstruit pas avec des fonds pour la paix. Si la pluie acide tombe sur les champs, elle dissout des nutriments essentiels comme le magnésium et le calcium, rendant les sols stériles. Dans une région comme le Moyen-Orient, où la terre est déjà aride, cela revient à condamner l’agriculture pour les années à venir.

Les dommages aux réserves d’eau sont tout aussi graves. L’acidification des lacs et des rivières détruit la faune piscicole et altère la potabilité des ressources. Au Bahreïn, où la guerre a déjà frappé les installations de dessalement nécessaires à la production d’eau douce, le risque que les précipitations contaminent les rares réserves restantes est extrêmement élevé. On se bat au nom de l’énergie, mais ce sont les bases mêmes de la survie humaine qui sont détruites.

Alors que le baril de Brent a dépassé les 114 dollars (env. 97,9 euros), Donald Trump a déclaré sur Truth Social que cette hausse des prix était un "petit prix à payer" pour la sécurité. Ce calcul fait toutefois totalement abstraction du coût environnemental et sanitaire. Des organisations comme Greenpeace et le Center for Research on Energy and Clean Air (CREA) ont déjà montré par le passé que les crises environnementales engendrées par les conflits entraînent des coûts de dépollution et des conséquences sur la santé publique (notamment pour les personnes souffrant de problèmes respiratoires) qui dépassent de loin la valeur économique des infrastructures détruites.

La guerre en cours entre l’Iran, Israël et les États-Unis montre que le pétrole brûle aussi dans l’air que nous respirons. Les nuages chargés de gaz acides ne respectent pas les frontières et ne s’arrêtent pas aux traités : ils sont la preuve tangible que chaque bombe sur un puits constitue, en réalité, un attentat contre la santé collective.
 

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