The Press Junction.
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12 mai 2026

Les feux de forêt battent des records en Europe

©Unsplash

En 2025, l’Europe a franchi un seuil qui, il y a encore quelques années, paraissait lointain : celui des incendies hors norme. 

Selon les données du système européen EFFIS  1 079 538 hectares sont partis en fumée dans l’Union européenne, le niveau le plus élevé jamais enregistré depuis 2006. Si l’on élargit le regard à l’ensemble de la zone surveillée – Europe, Moyen-Orient et Afrique du Nord –, le total dépasse 2,2 millions d’hectares. Des chiffres qui témoignent d’un véritable changement d’échelle, tant pour l’ampleur des surfaces touchées que pour la dynamique des événements : plus précoces, plus intenses et de moins en moins confinés au seul bassin méditerranéen.

La saison 2025 a commencé avec plusieurs mois d’avance. Fin mars, plus de 100 000 hectares avaient déjà brûlé dans l’UE. Un chiffre qui, il y a encore peu, n’était atteint qu’en pleine saison estivale. Le pic est survenu l’été, mais avec des caractéristiques différentes du passé. Au cours des trois premières semaines d’août, une longue vague de chaleur a déclenché 22 grands feux quasi simultanés entre l’Espagne et le Portugal, ravageant plus de 460 000 hectares : à eux seuls, 43 % du total européen. La concentration temporelle des événements est l’un des aspects les plus critiques. Quand plusieurs incendies se développent en même temps, la capacité d’intervention chute drastiquement, même avec des systèmes de protection civile avancés.

L’année 2025 marque aussi un déplacement géographique du risque. L’Allemagne, la Slovaquie et Chypre ont enregistré des niveaux record de surfaces brûlées. Le feu se déplace vers des latitudes plus élevées, suivant des conditions climatiques favorables : températures élevées, végétation sèche et périodes prolongées sans pluie. Au total, 7 783 incendies ont été cartographiés dans 25 pays de l’UE. Seuls le Luxembourg et Malte ont été épargnés.

2025 a aussi été l’année la plus critique pour le réseau Natura 2000. Dans l’UE, quelque 424 000 hectares d’aires protégées ont été touchés par les incendies, soit 39% du total brûlé. En Italie, plus de 27 000 hectares de sites Natura 2000 ont été affectés. Des habitats fragiles, souvent déjà sous pression, qui mettront des années à se régénérer – s’ils y parviennent. Le constat est encore plus net à l’échelle européenne : au cours des trois dernières années, les surfaces brûlées dans les aires protégées ont doublé. Un signal qui interroge la capacité de ces territoires à remplir leur mission de conservation.

Le suivi des incendies est aujourd’hui bien plus précis qu’auparavant. Le système EFFIS utilise des images satellites à haute résolution et parvient à cartographier environ 95 % des surfaces brûlées. Depuis 2018, il est possible de détecter aussi les feux inférieurs à 30 hectares, ce qui améliore sensiblement la qualité des analyses. Mais la technologie ne suffit pas à compenser l’intensification du phénomène. En 2025, la surface totale brûlée a augmenté de 20 % par rapport à 2024 et est presque deux fois et demie supérieure à celle de 2023.

Face à cette escalade, la Commission européenne a renforcé les outils d’intervention. Le mécanisme de protection civile et la flotte rescEU ont été étoffés, avec de nouveaux avions et hélicoptères bombardiers d’eau attendus dans les prochaines années. Parallèlement, l’accent est mis sur la prévention et la gestion des territoires : réduction de la charge de combustible végétal, aménagement forestier, plans de gestion. Mais les délais de mise en œuvre sont longs, tandis que les incendies, eux, s’accélèrent.

Le constat le plus marquant de 2025 est à la fois quantitatif et structurel : les incendies changent de fréquence, de durée et de répartition. Ils ne sont plus des événements exceptionnels, mais une composante durable du risque climatique européen. 
 

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