L’ancien président sud-coréen destitué, Yoon Suk Yeol, a été condamné à la prison à perpétuité pour sa tentative de prise de pouvoir en décembre 2024.
Bien que l’ordre de loi martiale de Yoon Suk Yeol, émis le 3 décembre 2024, ait été levée six heures plus tard, il a déclenché la crise politique la plus grave qu’ait connue la Corée du Sud depuis des décennies. Dans une allocution télévisée, l’ancien président avait accusé les législateurs de l’opposition d’“activités anti-étatiques” et de collaboration avec les “communistes nord-coréen”, ordonnant à l’armée de suspendre les assemblées législatives nationales et locales.
Il aurait également ordonné l’arrestation de plusieurs adversaires politiques, à la fois au sein du Parti démocrate de Corée (DPK, opposition), et de son propre parti, le Parti du Pouvoir du peuple (PPP).
L’accusation la plus grave
Dans un verdict diffusé en direct à la télévision nationale, le tribunal du district central de Séoul a reconnu Yoon Suk Yeol coupable d’avoir dirigé une insurrection, l’accusation la plus grave pesant sur lui, en lien avec la proclamation de la loi martiale. Le tribunal a souligné que le déploiement de troupes ordonné par Yoon était au cœur du dossier, rapporte Yonhap.
“Il est difficile de nier que l’ancien président Yoon visait, en son for intérieur, à empêcher l’Assemblée nationale de fonctionner correctement pendant une période considérable, en bloquant et en paralysant ses activités par l’envoi de troupes chargées de l’encercler et d’arrêter des responsables politiques clés”, a déclaré le juge Jee Kui-youn au cours de l’audience.
Un procureur spécial avait requis la peine de mort — la sanction maximale pour ce chef d’accusation —, bien qu’une telle issue ait été largement jugée comme peu probable, la tentative de coup d’État n’ayant fait aucune victime. À savoir que la Corée du Sud observe un moratoire de fait sur la peine capitale depuis sa dernière exécution, en 1997.
Yoon, 65 ans, avait plaidé non coupable d’insurrection. Après le verdict, ses avocats ont fustigé le procès, affirmant qu’il n’était “rien de plus qu’une simple formalité destinée à aboutir à une conclusion prédéterminée”, selon NBC.
L’ancien président sud-coréen devrait faire appel de sa condamnation.
Réaction d’experts
Sean King, spécialiste de l’Asie et vice-président du cabinet de conseil new-yorkais Park Strategies, a déclaré à Newsweek : “La condamnation de Yoon à la perpétuité était attendue, et son autodestruction est une véritable tragédie tant les États-Unis avaient placé leur confiance en lui. Mais il est déjà presque tombé dans l’oubli ici, car l’actuel président Lee Jae Myung s’est, jusqu’ici, montré suffisamment compétent pour gérer Donald Trump et l’alliance américano–sud-coréenne (États-Unis–République de Corée).”
De son côté, Leif-Eric Easley, professeur d’études internationales à l’université féminine Ewha, à Séoul, a écrit dans un communiqué transmis à Newsweek : (...) “Le principal parti conservateur sud-coréen (PPP) reste en plein désarroi et a probablement besoin d’un renouvellement générationnel après l’ère Yoon, d’une refonte idéologique sous un nouveau nom, et de faire ses preuves en tant qu’opposition loyale. Quand au principal parti progressiste (DPK) il est peu probable qu’il assume sa part de responsabilité dans les fractures sociales et économiques tant qu’il n’aura pas perdu une élection, et cela n’arrivera pas tant que la proclamation de la loi martiale de Yoon restera une aubaine inespérée pour ses adversaires politiques.”
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