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Comme chaque année, dans la nuit du samedi 28 au dimanche 29 mars 2026, les aiguilles des horloges avanceront de soixante minutes : une heure de sommeil en moins, plus de lumière le soir, et le traditionnel sentiment de désorientation les jours suivants. Un rendez-vous bien connu qui, pour la première fois, pourrait être l’un des derniers.
La Chambre des députés (Italie) a en effet approuvé le lancement d’une enquête parlementaire (mission d’information) sur l’heure d’été permanente : une étape formelle mais significative, qui ouvre officiellement le débat institutionnel sur l’un des changements du quotidien les plus ressentis par la population.
Un processus qui vient de loin
La discussion n’est pas nouvelle. C’est en 2018 que la Commission européenne avait lancé une consultation publique sur le sujet, recueillant la réponse de 4,6 millions de citoyens européens : 84 % d’entre eux s’étaient déclarés favorables à l’abolition du double changement d’heure. L’année suivante, le Parlement européen avait approuvé une proposition de directive laissant à chaque État membre la liberté de choisir entre heure d’été ou heure d’hiver permanente. Puis est arrivée la pandémie, les divergences entre pays membres se sont accentuées et le dossier a été rangé dans un tiroir.
Aujourd’hui, cette proposition revient dans le débat, cette fois en partant de Rome. À l’initiative de la Société italienne de médecine environnementale (Sima), de Consumerismo No profit et du député Andrea Barabotti (Lega), la Xe Commission de la Chambre — Activités productives, Commerce et Tourisme — a approuvé en novembre dernier le lancement d’une enquête parlementaire sur l’impact de l’heure d’été permanente "sur le territoire national : effets et retombées sur les différents secteurs".
Des chiffres qui pèsent : 12 milliards de kWh et 2,3 milliards d’euros d’économies
Le cœur du débat est, avant tout, économique et énergétique. Les données officielles fournies par Terna sont claires : de 2004 à 2025, l’heure d’été a permis à l’Italie de réduire sa consommation d’électricité de plus de 12 milliards de kWh, ce qui se traduit par une économie sur la facture des citoyens d’environ 2,3 milliards d’euros.
Des chiffres qui pèsent d’autant plus lourds si l’on considère la dimension environnementale. Selon la Société italienne de médecine environnementale, grâce à l’heure d’été, les émissions de CO₂ diminuent chaque année de 160 000 à 200 000 tonnes — un bénéfice équivalent à celui que l’on obtiendrait en plantant entre 2 et 6 millions de nouveaux arbres.
Par ailleurs, trois études présentées au niveau européen convergent sur un point : abolir le changement saisonnier et adopter un système unique tout au long de l’année apporterait des avantages supplémentaires, en termes d’économie d’énergie structurelle, mais aussi pour le marché intérieur et le secteur des transports.
Ce que prévoit l’enquête parlementaire
L’enquête approuvée par la Chambre poursuit des objectifs précis et ambitieux. Le document de lancement définit quatre axes de travail :
- Comparaison des modèles : changement d’heure saisonnier contre heure d’été permanente, avec une évaluation des effets socio-économiques et des retombées sur le tissu productif en termes d’économies d’énergie et de gain de productivité.
- Analyse des données existantes : collecte et étude de la documentation existante, enrichies par les évaluations des acteurs qui seront auditionnées par la Commission.
- Phase d’expérimentation : évaluation concrète de la possibilité de prolonger l’heure d’été à titre de test à l’échelle nationale.
- Vision d’ensemble : la décision finale, souligne le document, "ne peut faire abstraction d’une vision globale qui tienne compte de la durabilité énergétique et de la compétitivité économique".
Prochaine étape : les auditions
Au cours des prochains mois, seront appelés à s’exprimer devant la Commission : des représentants des institutions, des autorités indépendantes, de la Commission européenne et du Parlement européen, ainsi que des organisations internationales, des organisations professionnelles comme Confindustria, Confcommercio et Confartigianato, des associations de consommateurs et des universitaires. Une concertation large, transversale, qui devra livrer au Parlement et au gouvernement un état des lieux actualisé des bénéfices et des limites de la mesure.
L’enquête devra s’achever d’ici le 30 juin 2026.
Heure d’été ou heure d’hiver ? Le débat est ouvert
La question au cœur du débat n’a rien d’anecdotique : si l’on décidait d’adopter l’heure d’été de façon permanente, les journées d’hiver commenceraient par une aube qui — dans les régions les plus septentrionales — serait repoussée bien au‑delà de 9 heures du matin. Un compromis loin d’être négligeable pour ceux qui travaillent ou étudient dès les premières heures de la journée. À l’inverse, des soirées plus lumineuses signifient moins d’éclairage artificiel, plus de temps pour les activités en plein air et — selon certaines études — des effets positifs sur la santé physique et mentale, liés à une exposition accrue à la lumière naturelle l’après-midi.
L’enjeu est de taille et le débat promet de s’animer dans les prochaines semaines. Pour l’instant, le dimanche 29 mars, le réveil sonnera quoi qu’il arrive une heure plus tôt.
Le changement d’heure de 2026 interviendra dans la nuit du samedi 28 au dimanche 29 mars : à 2 heures, les aiguilles avanceront à 3 heures.
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