The Press Junction.
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12 mai 2026

L’odeur des momies égyptiennes? Ces musées vous plongent dans une immersion multisensorielle

©Suzi Kim via Unsplash

Entrer dans un musée c’est observer, lire, écouter… et bientôt "sentir" l'odeur de l'histoire. Non pas pour émerveiller ou créer un spectacle, mais pour mieux comprendre le passé. La science est désormais capable de reconstituer les odeurs liées aux objets anciens, aux rituels et aux pratiques quotidiennes grâce à de minuscules traces chimiques restées piégées dans les matériaux au fil des siècles. 

C'est un changement qui transforme véritablement notre façon de raconter l'histoire et ouvre la voie à une expérience multisensorielle dans les musées, plus accessible, empathique et engageante.

Et c'est l'odorat lui-même, le plus ancestral des sens, qui offre une nouvelle clé de lecture du passé. Une odeur peut révéler bien des choses : les pratiques médicales, les rituels religieux, les habitudes quotidiennes et les croyances des civilisations qui vivaient il y a des milliers d'années, rendant une visite au musée plus immersive, plus mémorable aussi.

Des traces chimiques aux odeurs anciennes

Une étude récente, publiée dans la revue Frontiers in Environmental Archaeology, montre comment les musées peuvent désormais transformer des données scientifiques complexes en expériences sensorielles accessibles à tous. Au cœur de la recherche se trouve l'archéologie biomoléculaire, une discipline qui analyse les résidus chimiques présents sur les découvertes archéologiques pour comprendre ce qu'ils contenaient et comment ils étaient utilisés.

À partir de ces éléments concrets, l'équipe de recherche a pu créer des cartes parfumées et des stations de diffusion olfactive conçues pour accompagner les expositions présentées. Résultat ? Un parcours sensoriel qui associe la vue et la lecture à l'expérience de l'odorat.

Comme l'a souligné Barbara Huber, archéo-chimiste à l'Institut Max Planck de géoanthropologie et à l'Université de Tübingen, ce projet marque un tournant dans la façon dont la recherche scientifique est partagée et transmise, la sortant des laboratoires et la rendant compréhensible et tangible même pour le grand public.

Ce dialogue entre la science et le public a également été rendu possible par la rencontre de différents domaines d'expertise. Barbara Huber a travaillé avec Sofia Collette Ehrich, historienne de l'art et experte en narration olfactive, pour réunir la chimie ancienne et l'étude du parfum comme langage culturel.

Des odeurs qui remontent au passé égyptien

À partir des signatures moléculaires issues de la recherche, la parfumeuse et pharmacienne Carole Calvez a développé un parfum inspiré des rituels d'embaumement de l'Égypte ancienne. Il ne s'agit pas d'une simple copie des ingrédients d'origine, mais d'un processus créatif complexe. Les données chimiques fournissent des indices précieux, mais c'est au parfumeur de tout reconstituer, transformant les chiffres et les molécules en une expérience olfactive cohérente capable d'évoquer la complexité du matériau original.

Une expérience multisensorielle entre l'Allemagne et le Danemark

Cette nouvelle forme de narration sensorielle est déjà devenue réalité dans certains musées européens. Au Museum August Kestner de Hanovre, en Allemagne, les parfums reconstitués ont été intégrés à une exposition consacrée à l'Égypte ancienne grâce à une carte parfumée portable et une station de diffusion fixe.

Les visiteurs peuvent sentir le “Parfum de l'Au-delà”, une carte olfactive dans laquelle l'essence est directement intégrée au papier grâce à des techniques d'impression parfumée. Selon les conservateurs Christian E. Loeben et Ulrike Dubiel, l'odorat permet de dépasser l'imagerie de film d'horreur souvent associée à la momification, aidant les visiteurs à comprendre les motivations spirituelles et rituelles derrière ces pratiques. La même installation a également été présentée au musée Moesgaard d'Aarhus, au Danemark. Là, comme l'a expliqué le conservateur Steffen Terp Laursen, l'introduction de l'odeur a radicalement changé l'approche des visiteurs, ajoutant une profondeur émotionnelle que les seuls panneaux informatifs ne peuvent offrir.

Selon les chercheurs, cette expérience montre comment les traces moléculaires du passé peuvent devenir des expériences culturelles significatives dans le présent. L'objectif est de fournir aux musées des outils innovants pour raconter l'histoire de manière plus inclusive, sensible et engageante, en stimulant la curiosité et la conscience.

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Source : Max Planck Institute of Geoanthropology

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