The Press Junction.
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12 mai 2026

Plus de 200 morts dans l'effondrement d'une mine au Congo: le prix caché de nos smartphones

©Luca Maffeis via Unsplash

L'effondrement d'une mine de coltan, le deuxième en quelques mois, dans l'est de la République démocratique du Congo n'est pas un simple accident de plus dans une région tourmentée : c'est une blessure profonde qui traverse des communautés entières et qui, qu'on le veuille ou non, affecte aussi nos modes de vie. 

Après de fortes pluies à à Rubaya, dans la province du Nord-Kivu, une mine s'est effondrée, emportant plus de 200 personnes avec elle. (...) Selon les autorités rebelles locales, il est difficile de déterminer avec précision le nombre de morts.

De nombreux corps sont restés enfouis sous la terre, tandis que d'autres sont restés non identifiés pendant des jours. Une vingtaine de survivants seraient hospitalisés, tandis que des dizaines de familles attendent toujours des réponses.

Des sources locales et un ancien superviseur de la mine, interrogés par la BBC, évoquent un site mal entretenu, sans contrôle ni normes de sécurité. Le sol, naturellement fragile, a été rendu encore plus dangereux par l'érosion et la pluie. Dans ces conditions, l'effondrement n'est pas un accident imprévisible, mais un risque connu et ignoré.

Les autorités congolaises pointent du doigt les rebelles, les accusant de mettre sciemment en danger la vie des civils en autorisant l'exploitation minière illégale. Le gouvernement de Kinshasa avait déjà officiellement interdit les activités minières dans la région l'année dernière, mais lorsque l'interdiction est entrée en vigueur, les mines étaient déjà aux mains du M23.

Quoi qu'il en soit, il ne s'agit pas d'un incident isolé : des effondrements similaires se produisent en RDC depuis des années, y compris dans des zones officiellement contrôlées par le gouvernement. Il s'agit d'un problème structurel, lié à la pauvreté, à l'instabilité, à l'absence de droits et à une chaîne mondiale qui continue de fermer les yeux.

Parmi les victimes, on trouve des femmes, des enfants et des mineurs artisanaux, des personnes qui ne sont pas employées par une entreprise, qui travaillent sans contrat, sans protection et sans alternative. Ils descendent chaque jour dans des puits creusés à la main pour extraire le coltan, souvent accompagnés de leurs enfants, le travail des enfants dans ces régions étant l'une des formes les plus tragiques d'une injustice banalisée.

Le coltan qui alimente notre prospérité

Les mines de Rubaya fournissent près de 15 % de l'offre mondiale de coltan et la moitié des réserves de la RDC. Le coltan contient du tantale, un métal essentiel pour la production de condensateurs haute performance utilisés dans les smartphones, les ordinateurs, les voitures et les appareils ménagers. En d'autres termes, une partie de la technologie que nous utilisons tous les jours trouve son origine ici même, dans ces collines creusées à mains nues.

Depuis 2024, le M23 contrôle les mines et prélève des taxes sur les activités minières pour financer ses opérations, selon les Nations unies. Le gouvernement congolais accuse ouvertement le Rwanda de soutenir le groupe rebelle et de profiter du pillage des ressources naturelles. Bien que Kigali ait toujours nié ces accusations, les experts de l'ONU affirment détenir des preuves d'une acheminent illicite de minerais congolais vers les marchés internationaux via le Rwanda.

(...)

Ce qui s'est passé à Rubaya ne peut être considéré comme un simple accident : derrière chaque appareil électronique se cache une histoire et, trop souvent, cette histoire est celle de vies sacrifiées, de droits bafoués et de communautés appauvries. Rendre compte de ces événements, c'est donner un visage et une voix à ceux qui, sans cette lumière, resteraient invisibles sous les décombres d'une mine et dans le silence du monde.

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